And the winner is…

Quand elle était passée sur eclectik, j’avais écrit une note à propos de Diam’s que je comptais mettre en ligne sous le titre : « à quand la maturité ? ». Je ne l’avais pas mise en ligne, après tout…

Tout avait commencé avec le bootleg de DJ Zebra qui mixait « La boulette » avec un titre de U2. J’avais entendu le bootleg sur Inter. Du coup, n’ayant pas suivi l’actualité, j’avais été gratter sur le net pour écouter le dernier album de Diam’s, je trouvais les paroles de « La boulette » plutôt marrantes, sauf quand même ce truc : « C’est pas l’école qui nous a dicté nos codes ».

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Un truc qui a un fort arrière-goût de poujadisme quand même !

Ben oui, ça reste quand même dans la même veine des « populos » qui disent : « moi l’école ne m’a rien appris », « j’étais pas à ma place », « ça sert à rien », « c’est pas pour moi », etc.

Les mêmes que l’on entend ensuite critiquer les « grattes papiers », les profs, les « intellos » et tous ces « privilégiés » qui ont comme principal tord de s’être fait traiter de « lèches » à l’école parce qu’ils étaient justement différents, et qui ont ensuite passé les concours, parce qu’eux, ben oui, ils avaient bossé…

Les mêmes qui une fois confrontés aux impasses auxquelles les ont menées leur paresse et les clans des cours d’école, vomissent sur les « fonctionnaires », et qui sont de bons clients pour les rouges qui virent au brun… Je tiens à insister ici sur la différence entre l’inégalité des chances qui est un des maux qui caractérisent le plus notre belle France, et le clientélisme dont usent certains bobos pour dédouaner des branleurs qui ont comme principale qualité la tchatche, l’embrouille.

Après, je suis allé sur son site, voir les clips…

Si on veut bien reprendre le fil de « La boulette », mais on pourrait le faire aussi avec « Ma France à moi », on y entend de manière parfois sympa, en gros l’inégalité des chances, les castes, la débrouille pour les uns face à la réussite des élites, l’envie de ne pas se prendre la tête, la désillusion sur le système, l’envie de se prendre en main et de se bouger pour y arriver, la dénonciation de la françafrique. Un bon mix sincère sans doute, mais bien tendance

En gros la dénonciation du système, un peu comme « nous » sommes des milliers (des millions ?) à le faire quotidiennement, dans l’action, dans les revendications, etc.

Le rêve américain.

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Mais Diam’s, laisse quand même un drôle d’arrière-goût, comme l’hypocrisie des rappeurs US qui dénoncent le système en se couvrant de bijoux pour revendiquer la réussite sociale en mettant des bimbos à l’arrière d’une décapotable remplie de dollars, et en faisant des boum boum comme signe de ponctuation à leurs cinquante mots de vocabulaire.

En gros « fait tourner, c’est mon tour ». Tu parles d’une dénonciation du système, tu parles d’une réussite…

En, attendant, elle ramasse la monnaie, mais ne fait-elle pas plus de mal à ceux dont ont lui prête une certaine représentativité ? N’est-ce pas là la caricature du rêve américaintout le monde peut y arriver. Si elle est en haut de l’échelle, c’est peut-être parce qu’elle cautionne le système.

Sa réussite ne répondrait qu’à un seul objectif, laisser les millions qui vont rester dans la merde accepter l’illusion d’arriver eux aussi un jour à baigner dans les « sunlights », les paillettes et les applaudissements des plateaux télés avec des « blazes » qui flashent de tous les côtés…

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Alors, après les fiches pédagogiques (!) Diam’s, à quand la maturité ?

Être une heure, une heure seulement…

Question à Arlette Laguiller :

Vanessa Pottier (sans emploi, célibataire sans enfant) :

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« Je voudrais savoir quand est-ce que vous prendrez conscience que les idées que vous défendez, euh, euh, elles ont été appliquées dans certains pays, et elles ont conduit, à chaque fois à la misère et à la dictature. Prenons par exemple les… La Corée du Nord et Cuba où euh ce n’est le, où c’est le euh, où c’est toujours d’actualité, est-ce que c’est l’avenir que vous réservez au Français ? »

Je ne sais pas vous, mais à part le fait qu’ils le revendiquent dans leurs noms, je n’ai pas l’impression que ces régimes n’ont jamais été communistes (au sens propre du terme). Quant à dire qu’elle veut instaurer un régime communiste en France, je pense qu’elle est plus modeste que ça et apprécierait déjà que son combat serve à défendre les travailleurs…

Je ne vote pas pour Arlette Laguiller, mais ce n’est pas parce qu’elle est ridée, qu’elle a le mérite de ne pas avoir fait une seule concession à son combat (ben oui, les mêmes causes produisent les mêmes effets), et que c’est sa dernière présidentielle qu’elle n’a pas déjà réfléchi à ce genre de problème…

Mais bon, c’est vrai que l’histoire, la politique, la philosophie — et toutes ces petites choses sans importances — ça demande de faire travailler le truc qu’il y a entre les deux oreilles.

Mais comme ça ne sert à rien pour passer à la télévision…

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« Être une heure, une heure seulement, être une heure, une heure, quelques fois ; être une heure, une heure, beau, beau… »

Images extraites de l’émission « J’ai une question à vous poser » du 26 février 2007 sur TF1

P.S. : Je boycottais TF1 depuis les présidentielles de 2002, même pour me documenter. C’était la première fois depuis que je n’avais pas regardé cette chaîne, je vais de nouveau « sortir les poubelles » …

Union sacrée du Mépris Populiste et de la Gauche Casa ?

Depuis des décennies, nous avons droit à un dialogue de sourds entre d’un côté des individus et des groupes fortement préoccupés par le sens de la vie et la nécessité de limiter notre impact sur l’environnement, et de l’autre une machine infernale souverainement méprisante, qui a toujours ricané avec mépris, traitant les premiers d’idéalistes, de doux rêveurs, de doux dingues, d’incompétents, bref, de gens pas sérieux qui feraient mieux de se réveiller.

Et de fait, malgré les petites propositions disséminées çà et là pour faire bonne figure, force de constater, que le pli, est bien loin d’être pris : obnubilé par les méthodes d’analyses économiques les plus « sérieuses » et les plus « réalistes » nos professionnels de la candidature naviguent à vue au grès de sondages pilotés par les marchands du temple.

Quand bien même une étude de leurs pairs leur démontre que le mur est en face et que même d’un point vu économico-marchand, que cela n’est pas viable à court terme, le calcul partisan à très court terme reste plus fort.

Alors attention, là c’est sérieux hein. Là faut arrêter de faire les enfants et se serrer les coudes ! Allez hop, tout le monde d’accord… Je ne veux rien voir qui dépasse.

Nicolas Hulot :

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« Personne ne peut se sentir immunisé contre les conséquences des désordres économiques et climatiques, donc chacun devra prendre sa part de responsabilité. C’est ben l’esprit du Pacte écologique : qu’est-ce que l’on peut faire individuellement et collectivement, parce que la chose qu’il faut que nous sachions ensemble : d’abord, c’est complexe, c’est grave, c’est imminent et certains de ces phénomènes sont déjà amorcés, et que personne ne peut se sentir là où il est par un statut géographique économique et politique immunisé contre les conséquences de ce désordre. [… ] Nous n’avons que deux choix : ou nous laissons le temps nous dicter la mutation et ce sera tragique pour tout le monde, à commencer comme d’habitude par les plus démunis et les pays du sud, ou nous décidons, nous, notamment les pays du nord, d’opérer cette mutation parce que nous sommes sommés de changer, et c’est à nous de faire jaillir, ensemble, et pas séparément, parce qu’on peut pas se payer le luxe, une société ou économie et écologie soient compatibles, et nous avons la possibilité de le faire… Je ne suis pas convaincu que dans trente ans, ça soit encore à l’échelle de l’humanité. »

Il n’est pas si loin (est-il seulement révolu ?) le temps où les élus, les responsables « très sérieux » du monde de l’entreprise, des affaires, se plaisaient à ricaner en considérant de haut les « écolos ».

Aujourd’hui, tout le monde parle d’écologie, de développement durable… Nicolas Hulot a lancé son Défi pour la Terre et son Pacte Écologique, le rapport Stern (qui compte ce qui n’intéresse que ceux qui comptent, et surtout pas des vies) révèle le coût économique que représente le mur vers lequel les industries nous précipitent depuis des lustres. Les élus se mettent à tenir des discours responsables, durables, écologiques ?

C’est tendance, et de gauche à droite, le discours sur l’environnement se fait de plus en plus présent. Et il ne faudrait pas politiser ? Que l’écologie transcenderait le clivage gauche droite ?

Ben voyons !

Nicolas Hulot :

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« Pardon, mais compte tenu de l’envergure, de l’échelle des enjeux, il me semble que l’on doit dépasser cela, et c’est tout l’esprit du pacte écologique, c’est qu’il faut qu’il y ait une espèce de surenchère de propositions. [… ] Le premier devoir des politiques, c’est d’acter ensemble, que cet impératif est là, et de dire que nous avons aujourd’hui probablement des solutions… »

Nous n’avons pas besoin d’un monsieur météo pour nous dire le temps qu’il fait dans notre jardin : pas besoin d’avoir fait l’ENA, HEC ou Harvard pour simplement ouvrir les yeux et contempler l’état social et environnemental du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Ceux qui depuis des décennies alertent les médias et les politiques sur l’état du monde n’ont pas souvent été du côté du marché et de l’industrie, c’est un peu insultant de faire semblant de l’oublier.

Nathalie Kosciusko-Morizet :

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« Moi comme responsable de l’écologie dans mon parti, engagé dans l’écologisation de mon parti, parce que je suis convaincue de ce que disait Nicolas Hulot tout à l’heure, à savoir que le temps des alibis, des petits partis écologistes, spécialisés, à côté du grand parti de gouvernement, qui ne travaille pas sur lui-même, qui ne travaille pas sur le sujet et qui fait seulement une petite plate-forme à l’occasion d’une élection est fini. Et je crois, que nous avons essayé de faire ça depuis 2002, qu’il faut écologiser, notamment l’UMP, qui est mon parti […] C’est pas plus difficile à droite, je crois que la droite, la droite comme la gauche, on longtemps eu la démarche de ce petit parti alibi [… ] et nous avons choisi nous de travailler, et nous le montrons par exemple, avec le projet de l’UMP qui est sorti, qui est très solide sur toutes les questions écologiques et propose une véritable révolution écologique [NDR : à voir absolument, quelle rigolade, on finirait presque par croire que ce sont des altermondialistes ! ] , ce qui n’est pas du tout le cas du projet du PS. »

On remarquera donc la présence des deux leaders politiques du moment (exit les autres, pas invités) que sont Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, qui ont effectivement acté de l’importance du sujet, et qui ont tenu par leur présence sur ce plateau et dans leurs prises de position dans les médias à mettre en avant leur vision de l’écologie !

La droite, avec ses idéologues, ses entrepreneurs, ses capitaines d’industrie, ses banques, ses financiers, ses traders, ses milices, ses armées, ses industriels, ses lobbies, ses paradis fiscaux, n’a jamais eu cure des humains, des êtres vivants, de l’environnement. Et il faudrait maintenant détourner le regard critique contre le capitalisme à la papa, le libéralisme, les marchés financiers et les industries criminelles pour « dépasser le clivage gauche droite » au nom de l’écologie ?

Bien sûr de nombreux idéologues, fanatiques, dictateurs ou manipulateurs qui se prétendaient de gauche ont aussi participé à la destruction massive de l’environnement, mais étaient-ils vraiment de gauche ?

La philosophie qui sous-tend l’écologie ne peut pas être de droite, elle s’oppose aux fondements même des valeurs de droite (élitisme, productivisme, croissance infinie, illusion que seule la science sous contrôle peut résoudre tous les problèmes, etc.).

D’ailleurs, c’est bien connu, c’est de la faute aux écolos-cocos-gauchos, et pas de l’économie libérale, qu’il y a eu Bhopal, L’Amoco Cadiz, l’incendie du tunnel du mont-blanc, les guerres du Congo, les cancers de l’amiante, les morts et les milliers de contaminés d’Abidjan…

L’écologie ne peut pas s’accorder avec des valeurs qui priment les intérêts individuels, qui se conforment à des méthodes convenues et conservatrices, avec un renoncement du type que le meilleur gagne, quel qu’en soit le prix, et tant pis pour la casse, il n’y a pas de place pour tout le monde.

Jacques Attali :

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« Pourquoi Nicolas Hulot n’a pas trouvé nécessaire d’être à la tête du combat pour la constitution européenne, au moment ou elle a été en débat puisque que c’est pas la constitution européenne qu’on aurait pu créer l’instrument européen qui aurait permis aujourd’hui de se battre sur ce problème, comme sur d’autres, à l’échelle de l’Europe [NDR : donc Jacques Attali n’a pas lu la constitution, bel effort !] et non pas comme aujourd’hui on doit le faire malheureusement, à cause de l’échec de la constitution européenne, à l’échelle nationale. [… ] Je me méfie toujours d’une pensée unique, et je ne voudrais pas que la pensée unique monétaire soit remplacée par une pensée unique écologique. Il y a beaucoup d’autres problèmes à 50 ans devant nous, celui-là en est un, l’humanité est comme un équilibriste qui peut tomber à gauche, si j’ose dire, dans le vide de l’écologie, et puis tomber à droite dans le vide de la violence. »

Notons donc que, pour Jacques Attali, une fois encore, si les Français ont rejeté le projet de constitution, ce n’est pas parce que c’était un fourre-tout abscon qui gravait dans le marbre une économie débridée, productiviste et inhumaine initiée par les traités précédents, mais parce qu’ils sont décidément trop cons et irresponsables. Oui, on reconnaît bien là le PS méprisant de François Mitterrand : « Salauds de pauvres » devrait-il conclure !

La gauche façon PS, gauche Caviar que l’on devrait plutôt renommer gauche Rabat, ou gauche Casa* (…blanca) est blindée niveau écologie avec ses bobos qui vont exploser leur bilan carbone pour passer des vacances très simples dans un pays authentique

Belle, la gauche cling-cling (du bruit des bijoux quand ils applaudissent Nicolas Hulot) incapable de proposer autre chose que de se vendre au marché, en promettant de mettre quelques bouts de pansements ça et là sur les béances purulentes d’un monde en pleine autodestruction.

Jean Louis Bianco :

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« Je crois qu’il faut rendre hommage aux Verts, ils ont joué malgré leurs limites un rôle historique de précurseurs, mais je crois que pour le parti socialiste il est hors de question, en tout cas depuis un certain temps, de sous-traiter l’écologie à qui que ce soit, on doit prendre nos propres responsabilités. Et notre projet a été adopté avant que Nicolas Hulot ne se manifeste […] et que dit ce projet, ce projet dit qu’on est dans une impasse climatique, qu’on est obligé de changer, ce projet dit que le développement durable peut être aussi une source de croissance économique […] nouveaux par rapport aux moteurs traditionnels qui existent, qui sont l’innovation, la recherche l’éducation ou le pouvoir d’achat. »

Pouvoir d’achat ????

Le travailler plus pour gagner plus façon PS s’appelle pouvoir d’achat. On va augmenter le SMIC pour tous aller pousser nos chariots dans les grandes surfaces, qui, comme chacun le sait, sont les leaders en matière d’environnement…

Nicolas Hulot :

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« C’est quoi l’équation : dans une société qui jusqu’à présent était dans le culte de la croissance quantitative, comment fait-on pour que d’un côté, nous ayons une continuité de la croissance économique avec une répartition encore plus équitable des richesses, mais en organisant la décroissance d’un certain nombre de flux de matières ou d’énergies qui viennent à la rareté. Parce que comme l’a dit Paul Valéry : « le temps du monde fini commence ». On vient juste se rendre compte qu’on vit dans une planète ronde, et que dès lors qu’on vit dans une planète ronde, on vit dans un monde fermé et qu’on ne peut lui demander plus qu’elle ne peut nous donner. »

On vient de se rendre compte ? Elle est bien bonne celle-là ! Non, non, non !

Certains s’en sont rendu compte depuis bien longtemps et ont tenté par tous les moyens de se faire entendre, et c’est être bien méprisant que de les amalgamer avec des politiques en campagne et des acteurs économiques qui ne jurent, encore aujourd’hui, que sur la croissance et qui ont fait preuve d’un aveuglement et d’un mépris criminel !

La libre concurrence acharnée, le consumérisme, le dumping social sont des clefs pour comprendre les mécanismes qui mènent au pillage des ressources naturelles…

Pour conclure, je dirais juste à Nathalie Kosciusko-Morizet que l’UMP peut aller se faire voir au Congo, en avion privé affrété par les amis de son président ! Elle n’a pas suffisamment bossé sur son dossier, si elle croit vraiment à ce qu’elle dit, le vrai courage serait d’aller déchirer sa carte de l’UMP sur le bureau de son président !

Bref, on n’a pas le cul sorti des ronces avec des rapaces pareils…

*Comme ces poules bronzées qui roulent en 4 x 4 et qui vont dans une Biocoop, entre une mise en pli chez le coiffeur et une séance de relaxation zen, acheter deux morceaux de toffu fumé (sous plastique), sac Vuiton sous le bras. Quand je les croise là-bas, je me dis qu’il y a des coups de pied au cul qui se perdent…

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Archives :

• Nicolas Hulot, France Europe Express du 26/11/2006 sur France 3 (MPEG2 SD 3,6 Go).

Voir aussi :

• Éoliennes, du vent ? C dans l’air du 24/11/2006 sur France 5 (MPEG2 SD 850 Mo).

• La planète meurt, Arrêt sur image du 19/11/2006 sur France 5 (AVI SD 428 Mo).

« Les patrons contre la finance »

J’ai eu l’audace d’aller bafouiller ça sur le répondeur…

« À propos de l’émission « Là-bas si j’y suis » du 29 novembre 2006.

Salut Là-bas,

Je suis heureux qu’enfin Daniel, tu abordes ce débat, que tu portes cette parole sur les ondes, il était temps.

J’interviens, chaque fois que je le peux, dans les réunions publiques, les collectifs antilibéraux, etc. en tant que citoyen, mais aussi, et surtout, en tant que, petit patron. Certains auditeurs d’Aubenas s’en souviendront puisque je suis de nouveau intervenu lundi et mardi derniers, lors de la conférence de Gérard Filoche et celle du collectif antilibéral d’Aubenas.

Et j’interviens pour y dire quoi : que parmi les petits patrons de PME, parmi les indépendants, les professions libérales, les agriculteurs, les commerçants, etc. il y aussi des gens qui sont vraiment de gauche, des gens qui comme moi font des bonds de colères quand ils entendent Madame Parisot, et qui considèrent que la financiarisation de l’économie est une plaie, que la bourse est une ponction contre-productive sur le produit des entreprises, et qui pensent que le rôle de l’état est primordial et doit être restauré avec de vrais services publics.

J’interviens parce que je crois que dans le mouvement antilibéral, les petits patrons ont toute leur place pour proposer et construire l’avenir, avec par exemple une réforme de la sous-traitance, une réforme juste des marchés publics pour éviter que les grands groupes deviennent des rentiers de l’état, pour exiger des réformes de l’état afin que l’argent que nous sommes fiers de cotiser retourne là ou il doit aller, à la collectivité, à l’action publique, pas a des rentes de situations que se partagent des hommes d’affaires avec la complicité de certains politiques et hauts fonctionnaires, pas a des rentes de situations mises en place par une décentralisation qui à en réalité réinstauré un système féodal en France.

[…]

J’interviens pour dire que pour les patrons aussi, la concurrence acharnée et débile de la mondialisation est inacceptable et n’est pas une fatalité, que cette absurdité du moins-disant, que la mise à sac de la protection sociale, que la règle du laisser-faire et de la dissimulation, tout cela doit être combattu.

J’interviens aussi pour dire que les petits patrons ne rêvent pas tous de rouler en berline de luxe et de passer leurs vacances au soleil, j’interviens pour dire que les petits patrons, comme leurs employés, ont aussi des familles, une vie, et veulent pouvoir dormir la nuit, participer l’action collective, être des citoyens dans un monde plus humain.

Merci encore Daniel d’ouvrir le débat sur cet aspect…

Nous ne devons pas laisser le MEDEF nous voler notre parole ! Le patron du MEDEF, n’est pas le patron des patrons et il serait temps de dénoncer cette imposture…

Si je parle ici, dans ce répondeur, c’est que je suis inquiet, très inquiet de la tournure des événements : beaucoup, beaucoup d’artisans, de commerçants, de petits patrons, d’indépendants, qui se sont laissés embobiner par les discours poujadistes de la droite, se rendent compte que cette droite les a trahis parce qu’elle roule pour les plus gros, parce qu’elle se moque de leur travail, de leur avenir, et ces déçus de la droite ne vont pas au centre, ou vers ceux qui se disent sociodémocrates, non, ils vont à l’extrême droite, car ils veulent maintenant faire tomber tous ces nantis, ils veulent les faire payer et là, ça sent très mauvais.

[Si l’UMP l’emporte, aux présidentielles, mais surtout aux législatives, surtout, aux législatives ! Les réformes qu’ils ont dans leurs cartons vont mettre le pays à feu et à sang, il faut absolument gratter derrière la façade pseudo-démocratique et aller voir quelles sont les vraies réformes que l’UMP prépare réellement, ce qui va être voté dès qu’ils auront reconduit leur mandat.]

Et donc j’en profite, j’invite donc tous mes collègues, -je ne sais pas si le terme est approprié, -, patrons, artisans, commerçants, professions libérales, à ne plus considérer les collectifs antilibéraux et leurs militants comme des pseudo-communistes d’un autre âge, mais à se rendre compte par eux même de la vision d’avenir qu’ils portent.

S’ils refusent d’être entraînés dans une spirale infernale qui nous mène TOUS tout droit dans le mur, je les invite à rejoindre les collectifs antilibéraux, les collectifs du 29 mai, pour faire entendre leurs voix, pour participer à l’élaboration d’un programme constructif, réaliste, pour que la France et l’Europe sortent du système infernal que des fous furieux nous préparent. Il faut que ces patrons participent aux vraies réformes et aux vrais enjeux pour que nous ayons tous, ensemble, un avenir !

Pour un MOUVEMENT DES ENTREPRISES SOLIDAIRES, rejoignez les collectifs du 29 mai !

Voilà, j’espère que vous allez continuer sur cette lancée ! »

Pour m’engueuler, ou créer un nouveau mouvement pour des entreprises solidaires, @silva-rerum.net

L’état de la France ?

Des grands mots, de l’emphase faussement humble dans cette très respectâââble Bibliothèque Médicis.

Réunis autour de l’inénarrable Jean-Pierre Elkabbach, Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France), Olivier Pastré (Économiste, professeur à l’Université Paris VIII), Martin Hirsch (Président d’Emmaüs France), le général Jean-Pierre Kelche (Grand Chancelier de la Légion d’Honneur), et enfin, Jean-Jacques Vorimore (Président de France Export Céréales).

Le thème : Dans quel état sommes-nous ?

Que des hommes pour traiter de ce sujet, mais passons, on aurait sans doute eu Mme Parisot…

C’est évident, je vais trouver dans cette réunion de quoi satisfaire ma curiosité :

Jean-Pierre Elkabbach :

[…] « On va voir comment éclairer le monde et la France d’aujourd’hui. Mais vous avez tous plusieurs points communs, vous ne mâchez pas vos mots, et en tout cas, vous ne déguisez jamais vos solutions. »

Ah il l’aime le livre de Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France), tous les autres invités, à part peut-être le général Jean-Pierre Kelche (Grand Chancelier de la Légion d’Honneur), ne sont là que pour faire bonne figure.

Michel Camdessus :

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« Il faut remettre la France au travail ».

[…] « Un autre thème sur lequel nous avions mis le doigt, c’est celui de l’endettement, alors depuis, on a remis une couche si je puis dire avec le rapport que nous avons écrit avec Michel Pébereau ».

Jean-Pierre Elkabbach, s’adressant à Michel Camdessus :

« Vous dites, c’est la plus inacceptable des injustices, parce que ce sont les jeunes qui vont rembourser les dettes des aînés. »

(Donc c’est de ma faute si je dois rembourser la dette que Michel Camdessus et Jean-Pierre Elkabbach vont nous laisser, et vu leurs appointements, notamment celui de M. Elkabbach par les services publics, je vais devoir bosser un bon moment, mais bon).

Michel Camdessus :

« C’est exactement ça. Et bien cette idée, maintenant, me semble-t-il, elle sera incontournable dans le débat politique. Tout homme politique qui dira il n’y pas de problème de la dette, comme ils l’ont dit très souvent dans le passé sera tout de suite suspect ».

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Jean-Pierre Elkabbach donne la parole à Olivier Pastré, attendant, semble-t-il une sorte de confirmation des principes posés par Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France). Mais là, ce n’est pas tout à fait son propos…

Olivier Pastré :

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« Je crois qu’il faut être anti-décliniste (mine sombre de Jean Pierre Elkabbach), il n’y a aucune fatalité, il y a beaucoup de marges de manœuvre, sous réserve que l’on ne sous-estime pas les contraintes qu’il y a aussi. Vous parliez de remettre la France au travail, une des questions fondamentales c’est : Quel travail ? Comment l’homme est dans l’entreprise et comment il arrive à l’entreprise. Et dans ce domaine-là, en matière éducative, on sait qu’il y a un besoin considérable, qu’on est en retard par rapport aux États-Unis, que le retard s’accroît… Il y a deux politiques possibles, une qui est plutôt tournée vers le service public, mais aussi vers l’efficacité*, et ce n’est pas contradictoire ; l’autre qui est plutôt pour l’autonomie complète des universités, la sélection, qui est plus libérale. Les deux sont compréhensibles, mais le problème c’est que, il faut que les hommes politiques, ou la femme politique, en parlent ! Or, notre inquiétude…

Jean-Pierre Elkabbach interrompant Olivier Pastré et tenant un propos incompréhensible se terminant par :

« quantité de travail par âge actif ? » Il tourne la main vers Michel Camdessus, Gouverneur honoraire de la Banque de France) pour revenir au sujet important qui est que les Français ne travaillent pas assez…

Olivier Pastré visiblement pas décidé à approuver Michel Camdessus :

« La France est le pays développé dans lequel la productivité horaire des salariés est parmi les plus élevées, donc les Français sont très productifs. »

Jean-Pierre Elkabbach redonne la parole à Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France), attendant sans doute qu’il rebondisse et en « remette une couche » (sur le manque de travail des feignants que nous sommes).

Michel Camdessus (visiblement décontenancé et regardant Jean-Pierre Elkabbach, celui-ci semblant faire meilleur accueil à ses idées) bredouillant :

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« Ils sont d’autant plus productifs, qu’ils travaillent moins ! »

Vous noterez comme moi la brillante démonstration du propos… Et il continue, bredouillant de plus belle :

« Et que ce sont les gens vers la tranche, euh, d’âge, où l’en est en effet très productif, que, qui sont au travail ».

Je vous laisse apprécier…

Voulant sans doute sortir Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France) de l’embarras dans lequel il s’est mis, Jean-Pierre Elkabbach lui tend une perche :

Jean-Pierre Elkabbach :

« Quand ils veulent des emplois, est-ce qu’ils les ont, et est-ce qu’ils vont les avoir ? »

On change donc de sujet, d’ailleurs la pirouette marche :

Michel Camdessus, retrouvant son assurance et ses effets :

« Alors voilà, il y a plusieurs choses à faire, d’abord, il y a les emplois d’aujourd’hui et préparer les emplois de demain. »

Outre l’évidence de la sentence, y a-t-il là une démonstration ou une suite cohérente dans la démonstration ?

« Si nous avons un regard sur l’avenir, il est bien évident que la réforme de l’université est absolument essentielle, euh, pour le reste, euh, je crois qu’il faut aussi, euh, faire sauter tous les obstacles législatifs, réglementaires, qui font que l’entrepreneur, le petit entrepreneur en particulier, n’ose pas créer l’emploi ou les deux emplois de plus qu’il pourrait créer ».

Il finit sur une note guillerette, sans doute satisfait d’avoir pu conclure sur le cheval de bataille des ultras libéraux en s’appuyant sur un abus que nous sommes trop bêtes pour pouvoir déceler : « si nous avons un regard sur l’avenir… » c’est-à-dire que si l’on n’est pas d’accord avec lui, c’est que forcement, on n’a pas de vision d’avenir

Avant de passer à la suite, en tant que petit entrepreneur justement, je mesure tout le cynisme et le poujadisme crasseux de ces propositions… J’ai déjà longuement expliqué ici pourquoi, notamment dans cette note, où encore celle-ci, mais j’y reviendrais plus tard.

S’il y a bien une France qu’il faudrait remettre au travail, et bien j’ai envie de dire à M. Camdessus : « chiche ! » :

Ce doit être parce qu’il est plus habitué à côtoyer des barons du capital et des rentiers qu’il doit avoir l’impression que la France ne travaille pas ; ou ne veut pas travailler. Il y a tant d’hommes et de femmes dans ce pays qui non seulement veulent travailler, qui voudraient se voir reconnaître la pénibilité de leur travail, qui voudraient ne pas revenir en arrière, que c’est de l’indécence de continuer à tenir de tels propos.

Homme de l’entregent des grands de ce monde, il doit y avoir bien longtemps qu’il n’a pas vu « de près » un travailleur pauvre, une infirmière, un prof de collège (qui fait bien plus de 35 heures), mais également un ouvrier, voire même un petit entrepreneur !

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C’est sûr, travailler, c’est plus dur que de se tenir les bras en s’échangeant des idées toutes faites (par d’autres) avec des airs entendus, dans les fastueux couloirs des grandes institutions françaises et européennes (avec nos impôts donc)…

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Après un petit échange fait des poncifs économiques sur la croissance, les pays émergeant, etc., Jean Pierre Elkabbach passe la parole à Martin Hirsch qui avait bien des raisons d’être impatient, car comme il le dit, il fait partie « des gens qui remettent les gens au travail, en particulier ceux dont personne ne veut et qui souhaitent travailler ; des personnes considérées comme pas rentables, pas productives, pas capables de travailler, pas capables de s’inscrire dans une logique de production d’entreprise. »

Suivent des débats sur les institutions, la possible fusion de GDF avec un opérateur privé, etc.

Puis…

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Jean-Pierre Elkabbach :

« Alors, général Kelche. Le président de la République vient d’inaugurer le nouveau musée de la Légion d’honneur, près du musée d’Orsay au bord de la Seine, vous êtes magnifiquement installé, on passe devant souvent on ne sait pas que vous êtes là, portant haut les couleurs de la république, etc. Vous l’avez restauré, justement, c’était mérité. On sait généralement et confusément que vous formez les jeunes filles de la Légion d’honneur… »

Général Jean-Pierre Kelche :

« Tout à fait. Deux maisons d’éducation, mille élèves. Les meilleurs résultats de Paris et de l’île de France » (il fait un mouvement de la main ressemblant à un geste définitif).

Jean-Pierre Elkabbach :

« Très bien et qu’est-ce qu’elles deviennent après ? »

Général Jean-Pierre Kelche :

« Toutes des études supérieures ! Mais certaines ont des cycles plus courts parce qu’elles ont une vocation. Par exemple j’ai deux petites qui sont venues pour le dix novembre à une cérémonie lire un texte en mémoire des poilus, et je les interviewé et elles m’ont dit : “on veut devenir sage femme”. Elles ont des niveaux extraordinaires. Un petit détail, elles sont littéraires, et je ne sais pas comment elles vont devenir sages femmes. »

Jean-Pierre Elkabbach :

Étonné de l’inefficacité de l’honorable institution : « Mais pourquoi on ne les a pas décelées pendant leurs études ? »

Général Jean-Pierre Kelche :

« Ben simplement, elles ont une aptitude littéraire et non pas maths physiques, il faut passer par la première année de médecine. Je viens d’en parler au ministre. »

Bon, on n’est pas dans le même monde visiblement. J’adore aussi ce ton badin : « j’ai deux petites », façon, « j’ai fait le Congo, le Biaffra »… Ah mes petites Causettes…

Mais bon, posons le parcours de l’homme :

Jean-Pierre Elkabbach :

« Vous qui avez été conseiller, si je me rappelle bien, des deux présidents, Mitterrand et Jacques Chirac, chef d’état-major des armées, vous qui avez fait face à… Des guerres ou des crises ? »

Général Jean-Pierre Kelche : « Des crises, pas de guerres. »

Jean-Pierre Elkabbach : « Combien ? Beaucoup ! »

Général Jean-Pierre Kelche : « Une dizaine… »

Jean-Pierre Elkabbach : « Lesquelles ? »

Général Jean-Pierre Kelche :

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« Si vous voulez, l’Afrique, hélas l’Afrique, avec ses problèmes récurrents hein, mais disons la Côte d’Ivoire, le Congo euh, la RCA euh, y’en pas mal comme ça, la RDC, les Balkans, les Balkans qui sont loin d’être stabilisés avec une grosse crise au Kosovo tout à fait importante, et puis euh, le Liban bien sûr, mais qui à l’époque était un peu en, en montée en puissance, puis, ben l’Asie, l’Afghanistan…

Je passe sur les petites choses… Si je prends la peine de retranscrire tout ça, c’est parce que, vous vous en doutez, moi qui me posais des questions quand je regardais passer les troupes françaises qui débarquaient la nuit dans le port de Douala pour aller au Tchad, j’aimerais bien qu’il en lâche un peu plus que :

« On est très engagé sur les théâtres de crise avec l’armée professionnelle que l’on a constituée et qui marche bien, mais où il y a énormément d’engagements, on demande beaucoup aux soldats français… »

Jean-Pierre Elkabbach :  « Vous qui avez lancé la réforme des armées […] vous avez imaginé lancer une fondation liée à la Chancellerie de la Légion d’honneur, euh, pourquoi faire, vraiment, et avec quels moyens, est-ce que c’est l’état qui vous a donné des sous, est-ce que vous vous adressez ? (la question n’est pas orientée déjà, mais justement, la réponse arrive).

Général Jean-Pierre Kelche :

« Ah non ! Pas de sous ! En fait j’ai posé le principe que la Légion d’honneur, que ceux qui en font partie, qui font aussi partie de la Médaille militaire et du mérite ont assez de conviction citoyenne pour ne pas avoir besoin de subventions de l’État […] si vous voulez, moi ce que je pense, j’écoutais tout à l’heure… »

Là on sent qu’il n’en peu plus de lâcher son mot, notamment à propos de la proposition de Revenu de Solidarité Active de Martin Hirsch, le Président d’Emmaüs France. Il y a bien là, deux France qui se regardent.

Général Jean-Pierre Kelche :

« L’état ne peut pas tout, cette société elle a besoin de la solidarité des citoyens, de l’engagement des citoyens. On ne réglera pas tout avec des règles de SMIC et de machin et de truc. Ce n’est pas possible ! Il faut remettre de l’humain. Et moi j’ai constaté une chose, j’ai lu le rapport Montaigne qui montre qu’il n’y a plus d’ascension sociale en France. En trente ans, le taux des élèves, faisant des études supérieures, issues des classes modestes, a été divisé par cinq. On va dans le mur ! »

Et il lui a fallu lire le rapport Montaigne pour ça. Ça me rappelle quand mon père demandait à sa secrétaire de lui rappeler la date de mon anniversaire… Et il poursuit :

« J’ai 500 000 décorés en France, c’est formidable, y’a une force, et normalement ce sont des gens de mérite, je pense qu’il n’y a pas trop d’erreurs, et à partir de là je leur dis : vous qui avez été reconnus faites quelque chose. Aidez les jeunes. Donc parrainage. On prend des jeunes boursiers méritants, en seconde, on les amène premier temps au Bac, on les accompagne trois ans ».

Jean-Pierre Elkabbach : Parainage ou paternalisme ?

Petits rires balayés par un « on me l’a déjà faite ».

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Général Jean-Pierre Kelche :

« Une exigence, une exigence de comportement, vous voyez ce que je veux dire ? Un jeune n’a pas le droit de déroger aux règles des valeurs qui sont les nôtres, de comportement. En revanche, je cherche pas l’excellence à tout prix […] les boursiers méritants c’est excellent. Pourquoi ? Parce que c’est, les résultats au brevet des collèges, et c’est le comportement scolaire, la fameuse note qui fait d’ailleurs débat parmi les enseignants… Et je ne comprends pas pourquoi il y a un débat ! »

Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Donc on peut barbouser comme des bêtes dans la Françafrique (avec ou sans drapeau tricolore sur le treillis), on peut piller la France avec les comptes offshore, mais attention, pas de zéro de conduite au collège ! Sinon, on est un mauvais citoyen.

Général Jean-Pierre Kelche :

« Vous prenez une famille avec deux enfants. Deux SMICs : pas de bourse ! Qu’est-ce qu’on fait si il y a un potentiel ? Ben on fait rien. On l’arrête. On fait un caissier, une caissière. Et moi je vais arriver, avec mes moyens, que je suis en train de rassembler, je suis en train de faire le tour du CAC40 ! […] et c’est avec cet argent-là que je vais en fait compléter les ressources de la famille pour permettre de tenter l’aventure de l’enseignement supérieur… »

« L’ascenseur social est en panne » dit-il, et le voilà en justicier de la république, distribuant les bonnes âmes et des sous du CAC40 aux jeunes méritants, ceux qui n’auront pas eu de zéro de conduite. La condescendante charité des « grands de ce monde » se penchant sur la « France d’en bas », entre deux petits fours sur les parquets cirés de la république, est bien l’apanage de ceux pour qui « fraternité » ne revient à leur mémoire qu’une fois en haut de l’échelle, entre le champagne.

À l’américaine : des congrégations d’hommes et de femmes fortunés vont financer les études de quelques happy few triés sur le volet. Ça me rappelle la venue de La Jeanne (bateau-école de la Marine nationale) dans le port d’Abidjan, où était organisé un bal pour lequel une sélection de jeunes filles du lycée Français était envoyée pour servir de « cavalières »…

Pour « contribuer à remettre en route l’ascenseur social », il faudrait peut-être se demander ce qu’il signifie !

S’il y a un haut dans la société, il y a donc un bas, et c’est bien là que le bas blesse. Parce qu’au mot fraternité qu’ils avaient déjà oublié, il faut ajouter le mot égalité.

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cours vous rendront blanc ou noir »

Au lieu de se contenter de mettre un petit pansement sur une béance, nos chers « papas » qui s’inquiètent pour nous feraient mieux de dénoncer l’entregent dont ils usent et qui permet de ruiner la France, justement.

Misérable condescendance de ces « hommes » fiers et droits…

La droite aujourd’hui, c’est l’art de ponctuer chaque discours de mot comme « social », « justice » ou « droit », comme si ça pouvait effacer la réalité des actes.

*Je ne sais pas si vous mesurez la lourdeur du contexte réactionnaire, ici de l’emprise idéologique ultralibérale, quand, lorsque l’on parle de service public, l’on se sent immédiatement obligé de préciser que ce n’est pas contradictoire avec efficacité !

Archive :

MPEG2 SD 5 Go, enregistrée sur Public Sénat, le 25 novembre 2006.

Copyright PUBLIC SENAT 2006

La petite bête qui monte…

Quand j’étais étudiant à l’école d’architecture de Montpellier, notre professeur d’urbanisme, sur le point de prendre sa retraite, décida de présenter les quelques étudiants de son atelier, à son ancien professeur, le premier adjoint de Georges Frêche, chargé de l’urbanisme de la ville de Montpellier.

Notre professeur, sans doute soucieux de se ménager les bonnes grâces de ces deux hommes puissants dans la région, avait donc organisé une sorte de rencontre en petit comité, informelle, avec cet homme présenté comme vénérable et qui allait nous entrouvrir les portes du décisionnel sur l’urbanisme de Montpellier.

Le premier adjoint en question, grand seigneur, nous convia à discuter dans la salle du conseil de la mairie de Montpellier.

La rencontre avait tourné à un grand discours lénifiant sur le pouvoir de ce binôme. Je me souviens avoir pensé très fort au jeu SimCity…

Ce dont je me souviens le plus, c’est surtout un discours stupéfiant sur la gestion et les attributions des concours pour les grands projets d’aménagements de la ville : « c’est moi qui décide si c’est untel ou untel et c’est décidé à l’avance ». Le choix de résolument faire partir les classes populaires de la ville pour les remplacer par des classes moyennes ou supérieures avec des étudiants issus de milieux aisés, des chercheurs, des professions libérales ; un discours totalement insupportable de « retour sur investissement » dans les programmes de constructions de logement sociaux etc. Toutes choses qui ne me paraissaient pas tout à fait correspondre à la couleur politique portée.

C’était surréaliste, comme si on nous avait pris à part pour nous faire comprendre de ne pas cracher dans la soupe, on pourrait peut-être à l’avenir y manger.

Passant outre la réserve souhaitée par mon professeur d’urbanisme, j’avais eu une discussion assez vive avec cet homme, dénonçant une attitude antidémocratique, un élu devant selon moi proposer des choix de société et d’aménagement urbains plutôt que de les imposer d’en haut. Outre le fait que je ne faisais pas partie de la population qu’il souhaitait conserver dans « sa » ville (en bref, je pouvais partir vu que mon discours était « très intéressant »), le premier adjoint m’expliqua que si on disait aux électeurs ce qu’on avait réellement l’intention de faire et comment on allait le faire, on ne serait jamais élu et que la population ne pouvait pas y voir assez clair pour cela.

À l’époque, je ne sais pas si c’est toujours le cas aujourd’hui, la majeure partie des étudiants de l’EALR* était plutôt hostile aux prises de position urbanistiques et architecturales de l’équipe municipale. Non pas que ces étudiants fussent opposés à la couleur politique de ladite équipe, prétendument de gauche, mais plutôt que le développement urbain, les projets et de manière plus générale la politique de la ville en matière sociale et environnementale soulevait alors des débats houleux dans les ateliers et les cours de l’EALR.

Antigone, le Corum, parcs à thèmes, les logements sociaux, la politique sociale, l’abandon de certains quartiers, le déplacement du centre-ville avec l’évitement de la question du « ventre mou » (le nord-ouest de la ville), mais également des choix emblématiques comme la décharge près de Palavas, le glissement en ghetto du Petit Bar, les copinages avec Nicolin…

Tout cela faisait qu’il y avait une tension réelle entre la municipalité et une partie importante de l’École.

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Pendant des années, le « peuple de gauche » de la ville, comme de la région (la Septimanie, n’est-ce pas), s’est senti floué par le PS qui, en adoubant son très controversé Georges Frêche systématiquement pris en triangulaire, l’obligeait à voter utile, alors que les valeurs qu’il mettait concrètement à l’oeuvre étaient plutôt vécues par ce peuple-là comme des trahisons.

Oui, pendant des années, nous avons voté Frêche, non pas pour lui, pour ses programmes ou ses valeurs, mais pour éviter d’avoir le retour d’une droite radicale à la municipalité, ou comme député, et plus tard pour tenter de faire barrage à Blanc et ses alliances comme président de région.

Autant dire que pour les gens de gauche, le PS en Languedoc Roussillon les a fait longtemps voter à reculons.

Aussi, quel soulagement d’entendre enfin dans les médias les insanités et les méthodes oratoires que bien des Montpelliérains ont eu à entendre et à subir durant des décennies.

Soulagement, oui, pour deux raisons :

La première, c’est que localement, c’est un secret de polichinelle que la façon dont Georges Frêche à toujours fait taire ses contradicteurs, que ce soit dans les réunions du conseil municipal ou dans les réunions publiques de quartier. Il fallait être un orateur solide et particulièrement réactif (oserais-je dire, « burné ») pour ne pas se faire écraser sous ses diatribes. Les gens se faisant systématiquement rabrouer, rabattre et finalement écraser par une verve véhémente indigne d’un dialogue élu/administré (sauf en présence de caméras).

C’est heureux qu’enfin, le masque tombe.

La seconde, c’est que le PS, malgré le 21 avril, malgré les législatives de 2002, n’a toujours pas compris que le peuple de gauche ne lui fait pas confiance, et que si les régions sont aujourd’hui à gauche, c’est à cause d’un ras-le-bol de la droite, pas à cause du programme du PS et des actes de ses représentants !

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Le PS n’a toujours pas de programme de gauche et, après le malheureux spectacle de fausses primaires opposant une femme de droite, un social-démocrate favorable à la défiscalisation des stocks options et un opportuniste se refaisant une virginité socialiste, il aura sans doute un candidat qui pourra éventuellement rassembler ses militants, mais certainement pas le peuple de gauche qui justement, n’a toujours pas digéré les compromissions qui lui ont fait voter utile depuis tant d’années.

C’est d’autant plus grave que le troisième homme lui, compte ses voix.

Oui, pendant que le PS continue sa crise autistique et médiatique, l’UMP se déchire tandis que l’UDF tente de racler au centre (comme à chaque veille d’élections, pour finalement voter utile à droite à la dernière minute).

Tout comme le PS à perdu son peuple qui continue de se chercher entre Via Campesina, la LCR, les collectifs du 29 mai, etc. l’UMP à perdu son électorat populaire, c’est-à-dire sa masse critique.

Pendant trente ans, cet électorat a absorbé le discours du trop d’état, des fonctionnaires payés à rien foutre, des postiers/profs/cheminots toujours en grève pour défendre des acquis indécents… Discours soigneusement rabâché par le RPR devenu UMP, via des médias privatisés et diffusant un vomi poujadiste, réactionnaire et antirépublicain. Oui, ces hommes et ces femmes de droites, majoritairement ruraux, ont fini par croire qu’en sciant la branche sur laquelle ils étaient assis, ils allaient enfin pouvoir redresser la tête.

Or, que voient-ils ?

Les services publics peu à peu libéralisés par le PS et privatisés au pas de charge par l’UMP disparaissent, fragilisant de manière insoutenable le monde rural : bureaux de poste qui disparaissent, centres hospitaliers s’éloignant à 2, 3 voir 4 heures de route selon les conditions météo, etc. Malgré le soutien de leurs parents agriculteurs, indépendants et artisans leurs enfants se retrouvent de plus en plus précaires, tandis qu’eux se retrouvent sous tensions fiscales et en concurrence européenne alors que « les gros eux se voient attribuer des marchés, des ristournes, des cadeaux fiscaux, des ententes »… Les cotisations ne baissent pas pour toutes ces petites PME qui pourtant, produisent une grande partie de la richesse de ce pays.

Ces hommes et ces femmes de droite sont aujourd’hui en contradiction directe avec les actes de ceux qu’ils ont élus. Les députés UMP ont de plus en plus de mal à gérer et à tenir face à un terrain qui leur demande des comptes : on vous à pas demandé de désertifier les campagnes, on ne vous a pas demandé de faire un hôpital de riche pour vous et un hôpital de pauvre pour nous, où est l’ordre, pourquoi vos amis se servent-ils toujours autant, la vie est de plus en plus chère, etc.

Oui, ce peuple de droite se sent lui aussi trahi par le parti auquel il croit de moins en moins à cause des affaires, des arrangements électoralistes, avec un sentiment de plus en plus présent de « tous pourris ».

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Et Nicolas Sarkozy aura beau faire le coup du coup-de-poing sur la table face à des jeunes, ou le coup du travailler plus pour gagner plus (comme si eux ne bossaient pas assez) avec un discours réactionnaire pour essayer de recoller avec un électorat persuadé que les banlieues crament parce que le treize heures le montre, son peuple à lui se barre chez Jean-Marie.

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Le malaise est d’ailleurs palpable à l’UMP quand on essaye de redonner une fausse image de protection sociale et de défense d’un service public à minima, de défense de la ruralité, à un programme résolument libéral qui fera des campagnes des déserts abandonnés d’une république de précaires et de sous traitants inféodés aux grands groupes

Le PS et l’UMP font la campagne de Jean-Marie…

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* EALR : École d’Architecture Languedoc-Roussillon.

Populisme crasseux…

« Ce n’est pas parce qu’ici, on ne casse rien et qu’on travaille dur, qu’on n’a pas des souffrances, des demandes, des inquiétudes, des besoins et des aspirations : désertification, accès Internet, services publics, agriculture »

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Oui, vous avez bien lu, voilà qu’il se préoccupe des services publics… Il faut le lire, et le relire.

Ça doit être parce que c’est dans l’air. La plupart des Français commencent effectivement à s’inquiéter de voir disparaître peu à peu tous les services publics qu’ils considèrent pourtant comme indispensables. Ça ne mange pas de pain de le dire, il le dit…

En venant dans un territoire « à forte dominante rurale » dire des choses comme cela, M. Nicolas Sarkozy apporte une fois de plus la preuve de l’importance qu’il accorde à sa propre prise de pouvoir, fut-elle obtenue en flattant les plus bas instincts électoraux, fût-elle le fruit d’une division extrême des différentes composantes sociales de la France.

Alors même que les « forces de l’ordre » dont il parle tant commencent elles-mêmes à dénoncer l’impasse de sa logique répressive, et que des voix de terrain se font de plus en plus fortes pour dénoncer son bilan… Alors qu’il commence à lasser avec son omniprésence médiatique, il a eu la bonne idée d’aller détourner l’attention qui se porte sur l’efficacité réelle de son action en caricaturant tous ceux qui s’interrogent sur ce qu’il se passe en « banlieue » en les faisant passer pour des gens qui sont aux petits soins pour des voyous brûleurs de services publics alors que la c’est la France profonde qui paye… En gros.

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Qui Nicolas Sarkozy cible-t-il quand il a l’afFront de venir parler de service public et de république, lui qui est le premier à éliminer toute notion de solidarité républicaine en se faisant le chantre de la liberté et de la privatisation à tout va…

Quelle honte les militants de l’UMP boiront-ils jusqu’à la lie ? Eux qui embrassent un parti qui a tenu à éliminer le mot République de son nom, comme une profession de foi. Les membres de l’UMP ne savent désormais accorder le mot République qu’avec le mot ordre. Oui, ordre, mais pas n’importe où, ordre à Neuilly, ou ordre dans la France « profonde », celle où de toute façon, les immigrés n’ont pas leur place, pas même ceux du département voisin.

Union du Mépris et du Populisme

Il faut dire que le ton à l’UMP a vite été donné : au soir même des résultats du second tour des élections présidentielles de 2002, Roseline Bachelot, rayonnante de satisfaction méprisante, nous disait sans sourciller que si Jacques Chirac l’avait emporté avec plus de 80 % des suffrages exprimés, il ne le devait qu’à son programme !

La messe était dite, les électeurs n’avaient plus qu’à regretter d’avoir cédé à une panique savamment orchestrée, de toute façon, ce qui compte, c’est d’avoir le pouvoir.

Nicolas Sarkozy n’en est pas à une contradiction près, faisant sien le principe de Goebbels, selon lequel plus un mensonge est gros, plus les gens y croient. Sinistre de la propagande, son porte-parole Patrick Devedjian nous explique sur le P.A.F. avec un affront cynique que la république c’est la loi d’airain, celle du droit de se tuer à la tâche dans une méritocratie en fait verrouillée pour les nantis et les « fils de », et du devoir de courber l’échine sous la pression de forces de l’ordre (qui finissent elles-mêmes par reconnaître qu’elles sont dans une impasse). Bref, la république ne doit pas être celle de la solidarité : privatisons tout et vite.

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Lui qui prêche la bonne gestion en « bon père de famille » trouve tout à fait normal que la privatisation à tout va, celle-là même qui accélère la désertification du territoire, est une priorité. Quand il va caresser les vaches dans une ferme, il se garde bien de dire que la bourse est comme un PMU que maîtrisent les plus gros : les sommes colossales qui veillent sur les livrets A de la poste (en Lozère comme ailleurs) seront enfin libérées, via la privatisation de la poste en Banque Postale, vers des marchés financiers où ses amis du CAC40 opèrent avec brio pour ramasser la monnaie. Aucun service privé n’arrivera jamais à égaler, en terme de distribution et de coût, ce que la poste service public réalise 6 jours sur 7 dans la distribution de courrier et de colis partout sur le territoire national, quelles que soient les conditions météo.

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Lui qui prêche la fermeté sur l’application de loi peut facilement choisir envers qui il faut faire preuve de souplesse :

« Interdire de fumer dans les endroits où on vend du tabac, c’est quand même curieux. »

« Je suis contre des règles rigides qui s’appliqueraient partout sur le territoire de la république. »

C’est aussi en ministre responsable qu’il stigmatise des centaines de milliers de jeunes qui luttent quotidiennement contre la ségrégation, en les amalgamant avec quelques abrutis en déshérence.

Il veut tout privatiser, tout en parlant de Service public. C’est aussi en bon père de famille qu’il gère le bien public, le bien commun (éducation santé services postaux énergies, etc.) en les privatisant. Comme ça, ceux qui dépendent de tous ces services (80 % du territoire, dont la Lozère, mais aussi les « banlieues ») seront abandonnés encore plus rapidement.

Il parle de morale, de bon père de famille, mais reste celui qui a le plus d’entregents et se garde bien de parler de ses vrais amis qui attendent dans son ombre (ceux qui vont toucher le gros lot lorsqu’il prendra le pouvoir). Il parle d’ordre et sème le trouble en divisant et opposant les Français : les jeunes c’est dangereux, les gens de couleurs —pauvres— c’est dangereux, les fonctionnaires ça ne sert à rien (je serais dans la police ou la gendarmerie, j’y regarderai à deux fois avant de le soutenir, une fois au pouvoir, les milices privées vont faire de belles affaires).

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Il va une fois de plus flatter par le bas un électorat qui ressemblerait à une caricature de beaufs à la Cabu vociférant devant le journal de 20 heures de la Télévision Française de la Haine (TFN) déversant un flot continu d’images d’affrontement, de « zyvas » cagoulés en casseurs, de CRS blessés, de voitures et de bus qui brûlent… Il va flatter un certain électorat dans ces territoires où on ne voit des « melons » et des « bamboulas » que sur le petit écran de TFN, un pays où « on n’est pas raciste, mais on n’aime pas les Arabes, et puis vous savez, y’en a partout, y’en a trop »…

Non, il n’a pas honte, l’important, c’est que ça marche. Après tout, en France, on a aucun scrupule à élire à nouveau des gens condamnés pour détournement de bien public, voire avec enrichissement personnel, alors un simple menteur qui ferait la fierté de Poujade…

En écrivant cela, je ne dédouane pas les autres composantes du paysage politique de leurs inepties. J’espère juste que les républicains (notamment ceux qui se sont endormis à l’UMP) vont se réveiller rapidement : cet homme est un danger pour toutes les valeurs que porte le mot République.

Allez, vive la République.

Pouvoir et Télévision

« POUVOIR et TÉLÉVISION » est une série documentaire particulièrement intéressante parce qu’elle traite des rapports incestueux entre la télévision et les pouvoirs… Il faut donc absolument la voir ne serait-ce que pour comprendre comme on est passé de l’ORTF aux ordres à la télé poubelle.

Les extraits suivants en disent long sur ce que sont les médias en France aujourd’hui :

Paul Amar (à propos de l’état de grâce médiatique d’Édouard Balladur en 1994) :

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« Je pense que là il y a un homme qui a joué un rôle considérable, considérable, c’est son génie. Il faut qu’il fasse attention d’ailleurs, ce génie peut se retourner contre lui ; c’est Nicolas Sarkozy ; qui avait eu le génie de faire croire à tout Paris, donc au tout Paris politique, journalistes compris, que Balladur était élu, avant l’élection. […] Et le Tout-Paris a fini par y croire ! »

Et Philippe Meyer d’enfoncer le clou avec humour :

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« Et puis, là encore, les vieux démons français du rapport incestueux avec le pouvoir s’y mettent. On peut aussi bien citer l’exemple de Claire Chazal avec son livre sur Balladur qui arrivera juste avant l’élection présidentielle de 95, qui est un livre qu’il faut relire ! Absolument ! Il faut le relire ! Parce que c’est un remède contre la mélancolie… Écrire un livre hagiographique, à ce point lourdingue, au moment même où tous les sondages, toute l’opinion est prête à parier sa chemise et sa culotte que ce sera Balladur qui sera président de la République, normalement, dans n’importe quel pays européen ou au moins comparable […] ça vous conduit à disparaître dans l’éclat de rire général ; ben en France ça vous conduit à devenir une institution. »

Entre le spectacle et le vrai débat politique, Ruth Elkrief peut légitimement nous résumer la situation lorsqu’elle évoque avec émotion le travail de Michel Drucker par rapport au sien :

Ruth Elkrief  :

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« Je regardais son travail, qui est un vrai travail, qui est un gros travail, c’est enregistré, c’est monté, il y a beaucoup d’invités, il y a beaucoup de travail en amont… Et je regardais notre travail ; c’était une petite équipe, on se défonçait aussi, et en même temps on faisait du journalisme et eux, ils faisaient de l’animation et donc le problème c’est qu’on nous comparait, point par point, et je dirais, point d’audimat par point d’audimat hélas pour nous. C’est ça le problème ! […] Mais cette bataille, je l’ai menée je vais vous dire, comme la chèvre de Monsieur Seguin, je l’ai perdue. J’étais la dernière, maintenant elle est perdue, il n’y a plus, à mon avis, ou très peu, sauf les présentateurs du 20 heures quand ils font leur job, il n’y a plus de journalistes à la télévision. Il y a des émissions de télévision, un peu spectacle, un peu rigolote, parfois avec des moments de vérité, parfois avec des moments de connivence terrible, c’est autre chose… »

Drucker peut désormais recevoir son ami Nicolas Sarkozy, dont je ne sais pas s’il sera le prochain président de la République, mais qui a déjà pour lui les médias de Bouygues, de Lagardère, de Dassault (et quasiment du service public), etc.

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Vous voilà, une fois de plus, prévenus…

Pour conclure cette série documentaire, c’est le sujet des « médias de la haine » de la campagne présidentielle de 2002 :

Patrick Poivre d’Arvor :

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« Et les gens étaient très durs là-dessus, ils nous adressaient de très nombreux courriers, je me souviens très bien, avec des petites coupures de presse venant de la province, venant de journaux régionaux… Qui disaient ah ben ça évidemment, vous, vous n’allez pas en parler sur TF1 ; ils devaient certainement envoyer le même courrier sur la 2. Et moi je me suis dit, mais au fond… Au début je me suis dit c’est peut-être une manipulation, c’est peut-être le Front National qui essaie de rameuter ses différents adhérents de cette manière, et je me suis aperçu que c’est des gens qui disaient ça spontanément. Donc j’ai parlé un peu plus souvent de ces problèmes-là. »

Amis d’ACRIMED, vous savez ce qu’il vous reste à faire pour que TF1 parle du fond…

Désolé d’être cynique, mais c’est quand même ahurissant d’entendre cette pâle justification.

Gérard Leclerc :

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« Là aussi, c’est le phénomène des médias : tout le monde se lit, tout le monde s’écoute, tout le monde se regarde et donc il y a eu cette espèce d’emballement, de tous les médias, et en particulier de la télévision, mais il n’y avait pas que nous, je crois que les autres aussi en parlaient beaucoup. Et donc c’est vrai que petit à petit ça a pris une place de plus en plus grande »

Et bôôô, le suivisme :

Gérard Leclerc :

« Je me souviens une fois il y a avait eu une conférence, où donc chaque service, chaque département dit ce qu’il y a dans l’actualité, la politique, l‘étranger, la société, etc. et puis à la fin, le rédacteur en chef dit : mais il n’y a pas de sujet sur l’insécurité ? On dit : ben oui, y’a pas de sujet aujourd’hui ; et il dit : ben eh non, c’est la question du moment il faut qu’on traite l’insécurité. »

Patrick Poivre d’Arvor :

« Mis à part le fait, je l’avais dit en conférence de rédaction, que je trouvais que le dimanche, le samedi et le dimanche, l’affaire de papy Voise c’était trop, ça, c’était mon jugement. Mis à part ça fait là, je n’ai pas trouvé de malhonnêteté de la part de tel ou tel média sur ce sujet. »

Il y a de quoi devenir aphone…

Alain Duhamel :

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« Dans cette campagne en particulier, mais dans les campagnes présidentielles en général, ce qui compte dans la prise de décision électorale des Français […] c’est le climat sociétal qu’il y a à la télévision, qui est hypertrophié, intensifié par la télévision, cristallisé ; et que c’est lui qui joue le rôle. Qu’au fond ce qui est important pour le vote c’est la façon dont on va parler ici de licenciements, là d’un crime crapuleux, ou ailleurs de je ne sais pas quoi dans un établissement scolaire… C’est ça qui influence ! »

Et si Patrick Poivre d’Arvor trouvait que c’était « trop » c’est sans doute qu’il y en avait anormalement déjà trop, qu’il savait aussi que c’était ça qui influence et que c’était ça qui était exactement en train se produire.

C’est un documentaire intéressant, mais je regrette aussi que l’on ne s’attarde pas sur le sujet de La Cinq ! Dans le genre berlusconien, ça valait son pesant de cacahuètes…

Je suis sûr aussi que les étudiants gabonais, enfin, ceux qui ont survécu, se souviennent encore des journalistes de La Cinq ! Mais c’est un autre sujet… Peut-être un jour, dans un autre documentaire ?

En tout cas, ne ratez pas une éventuelle rediffusion de cette série :

« POUVOIR et TÉLÉVISION » une série documentaire en trois épisodes de Bertrand Delais et Stéphanie Malphettes, réalisée en 2005, coproduite par CAPA et INA Entreprise avec la participation de France 5.

(26/04/2006)

Archives :

MPEG2 SD 1,5 Go x3, enregistrées sur France 5, le 18/02, le 25/02, le 03/03 et le 10/3 2006

Où va France Inter ?

Bon ben voilà, « Où va France Inter ? », « Rance Inter » comme l’avait qualifié certains*, est une question qui me fait, à moi aussi, soucis.

Au vomi poujadiste et consumériste gerbé sur l’ensemble des médias privés du PAF, je préfère les enregistrements programmés et choisis des émissions d’inter** (et d’ailleurs) qui m’intéressent et que je peux écouter et critiquer*** à loisir.

Donc voilà, il y a une soirée débat ce soir au Gymnase Japy, à Paris. Super, je veux y aller, je m’organise à la dernière minute, etc. Et puis…

Après un divorce houleux dans le bureau, une série d’arguments et de contre arguments valables comme excessifs, et une réflexion approfondie, je n’y vais pas.

Non pas que je ne veuille pas rencontrer des gens actifs, non pas que je ne veuille pas participer au débat, mener des actions, créer des réseaux et apporter, éventuellement, une pierre au petit édifice alternatif qui grandit… Non pas que je ne veuille pas éventuellement croiser dans la vraie vie des gens qui semblent sur les ondes avoir des valeurs proches des miennes…

Mais voilà, c’est à Paris.

Ce n’est pas écologique, c’est élitiste (ça fait quand même pas loin de cent euros de train même avec ma carte famille nombreuse) et c’est « parisien », serait-ce bobo ? J’espère que non, mais comment le saurais-je ?

*Notamment à cause de la position largement OuiOuiste défendue sans arguments par de nombreux intervenants durant la campagne référendaire

**Là-Bas, eclectik, Rendez-vous avec X, Le Pont des artistes, CO2, Pollen etc. mais aussi pour la critique le 7/9, le téléphone sonne, Système disque et quelques autres.

m.à.j. le 30/06/2006 :

Il faut entendre « (…) par l’ensemble des médias privés du PAF ».

*** éventuellement…

Ce Qu’il Faut… Lire !

Bon, c’est vrai, ils sont aussi distribués par les NMPP. Ça me gène, effectivement.

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Mais bon, à part ça, je suis bien content d’être abonné à CQFD. Dans la une du numéro 35, cet extrait résume assez bien ce que nous sommes très nombreux à penser :

« Sans les médias, pas de Royal. Ça aussi, c’est une violence qui demanderait à être traitée durement : le manque absolu de scrupules avec lequel une clique de plumitifs encruchés couronnent leur favorite. »

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Pour ce qui me concerne, je ne supporte plus depuis longtemps la façon dont les médias et les milieux parisiens (et leurs cortèges de suivistes régionaux) nous inventent de l’information, de l’opinion, de l’événement, du candidat.

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On le sait bien, « Paris, c’est la France » mais une telle concentration, au mètre carré, de partis, de dirigeants de groupes industriels, de médias et d’organes de « culture » et d’influence (avec leurs cours, leurs mignons, et tout un cortège de kapos serviles) pose un véritable problème de consanguinité qui, via les organes locaux des partis de la presse et de l’argent, déteint et pollue tout le reste du pays.

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Pendant qu’ils parlent d’eux-mêmes, de leurs idées, de leurs amis, de leurs problèmes, de leurs états d’âme ; pendant qu’ils se regardent dans la presse en train de faire les bouffons, il y en a un qui ne dit rien, et qui laisse monter la sauce toute seule.