Als sie mich holten, gab es keinen mehr, der protestieren konnte.

Quand ils sont venus chercher les intérimaires, je n’ai rien dit, je n’étais pas intérimaire ;
quand ils sont venus chercher les ouvriers, je n’ai rien dit, je n’étais pas ouvrier ;
quand ils sont venus chercher les fonctionnaires, je n’ai rien dit, je n’étais pas fonctionnaire ;
quand ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester…

En ce moment, on revient souvent, et d’une certaine façon, à juste à titre quant aux drames personnels, sur les « suicides à France Télécom », sur la situation des agriculteurs « prêts à tout »

La France découvre-t-elle le « Management » des personnels ? Les Français découvrent-ils la dégringolade sociale à l’œuvre depuis la fin des années soixante-dix dans les pays occidentaux, les Français découvrent-ils la désindustrialisation de leur pays ? « Travailler plus pour gagner plus », « Le pouvoir d’achat » n’étaient-ils pas les deux tartes à la crème de la dernière campagne présidentielle ?

Quand dans l’entreprise le climat social n’en est pas au niveau de celui de France Télécom, c’est sur les sous-traitants que s’exercent les pressions du même acabit, et ce n’est pas une nouveauté. Depuis les années quatre-vingt-dix, la novlangue nous a concocté des discours sur la « flexibilité », sur « l’externalisation », sur « l’outsourcing ».

Tous termes qui consistent simplement à faire produire les biens et les services le moins cher possible, en flux tendu, avec le minimum de contraintes (salariales, sociales, légales, environnementales) pour permettre aux ayants droit (CA, actionnaires et partenaires financiers) de tirer les marges maximales et aux consommateurs d’acheter « moins chers »

Quand les lignes téléphoniques sont posées par des équipes de sous-traitants, venues du Portugal, qui s’en offusque puisque c’est moins cher ?

Les syndicalistes, à la flamboyante époque publique d’EDF, ne se sont jamais souciés des mineurs dans les mines de cuivres et d’uranium, les fonctionnaires de La Poste ne se sont jamais souciés des chauffeurs de camions des sous-traitants qui faisaient la liaison entre les centres de tris, les usagers ne se sont jamais privés de critiquer les « cantonniers payés à rien foutre » sur le bord des routes, les prolos ne se sont jamais souciés de savoir d’où venaient leurs chips et leur lait, et les bourgeois ne se sont jamais souciés de savoir dans quelles conditions étaient produits les cornichons vendus dans leurs épiceries fines…

Les agriculteurs conventionnels et la FNSEA ne se sont jamais souciés du dumping européen sur les marchés africains, les céréaliers français ne se sont jamais souciés des conséquences environnementales et de santé sur les habitants aux alentours de leurs exploitations, les éleveurs français ne se sont jamais souciés des conditions de production des compléments alimentaires OGM sur l’agriculture sud-américaine et sur la forêt amazonienne…

La France entière se tordait de rire quand Coluche, en bon héritier du poujadisme, faisait des blagues sur l’horloge que l’on ne risque pas de voler parce que tous les fonctionnaires ont les yeux rivés dessus…

Même si j’évite au maximum ce genre d’endroit, Il m’arrive parfois de me poser quelques minutes dans un centre commercial, vous savez, sur les bancs installés en face des caisses, dans la galerie commerciale. Et à prendre le temps d’y réfléchir, je ne me fais aucun souci pour la surcharge pondérale de M. Le Métayer, aucun souci pour l’avenir de la famille Sarkozy, aucun souci pour le bronzage de Séguéla, aucun souci pour les intermédiaires financiers.

Une crise ? Quelle crise ?

[edit: 09/2015]

éclectik « embedded »…

éclectik est une des rares émissions radio, avec L’Afrique Enchantée et Des Sous et Des Hommes*, qui me donnent envie de me poser et de l’écouter tranquillement, parfaitement — pas béatement toutefois…

Comme son nom l’indique, elle est éclectique, et nous amène parfois à la rencontre de personnages auxquels on ne s’intéresserait pas forcément de soi-même, ou qui nous permette de rencontrer ceux auxquels on s’intéresse déjà… Plus encore, elle sait allier un temps posé de l’interview, du dialogue, de l’écoute et de l’expression, presque intime, mais jamais déplacé, avec le temps de l’actualité, avec des regards parfois incisifs, des digressions… Je l’ai toujours enregistrée pour pouvoir, même des mois après, me poser et l’écouter tranquillement, ou l’écouter et l’écouter encore sur la route.

éclectik, c’est ma gourmandise en somme. Chacun la sienne.

C’est étrange, en regardant le portrait d’Emmanuelle hier soir sur Arte, dans l’émission Métropolis, dont une partie a été tournée à la maison, ça m’a fait un drôle d’effet de voir mes photos intégrées dans le document, et ce n’était pas d’avoir vu mes photos « à la télé » qui m’a fait cet effet-là, pas du tout, j’ai même détesté le fait d’être filmé en train de préparer le déjeuner pour l’équipe de tournage et Emmanuelle ; non, c’était d’entendre la voix de Rebecca Manzoni parler et de voir ces photos, parce que certaines d’entre elles sont véritablement, affectivement, imprégnées d’éclectik, avec sa voix, justement.

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Par exemple, j’amenais Lola, puis Paul, le matin à l’école, en traversant le plateau dans la burle, le soleil, la pluie, le vent, la brume ou tous ces éléments à la fois, tout en écoutant éclectik. J’ai fait certaines photos, j’ai tourné certaines séquences, avec en « fond sonore » éclectik qui me donnait du recul par rapport à la situation, et la situation qui me donnait du recul par rapport à l’émission, un aller-retour intérieur très émouvant, très riche. Entendre les chroniqueurs africains parler des pays de mon enfance révélait en moi la blessure de l’absence, du manque de l’Afrique, et donnait encore davantage de relief au décalage entre mon désir d’Afrique et ma présence physique dans un environnement si différent.

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Souvent le matin, la beauté du paysage, la rigueur des éléments se nourrissaient de la voix de Rebecca qui en retour, se posant de manière parfois si décalée sur mon environnement, devenait encore plus prégnante, plus enveloppante. Et là, le mot qui va bien, c’est « justement »…

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Bref. Quand, à la fin de l’interview de Vincent Lindon, ce dernier dit « ça m’a fait très plaisir », et que Rebecca Manzoni lui répond « moi aussi », on a spontanément envie d’ajouter « moi aussi ».

Les Chroniqueurs africains me manquent énormément, mais bon…

Comme je l’ai écrit dans la note précédente, j’ai profité de l’agression récente contre le site pour mettre à jour le contenu, j’ai donc mis à jour les pages de mes archives audio, avec la plupart des émissions d’éclectik dont je dispose (il reste du travail sur la saison 2008/2009).

* Maintenant remplacée par J’ai dû louper un épisode.

[edit: 09/2015]