Phase 3 : un naufrage sanitaire

Le 20 mars, Emmanuel Macron agacé par les critiques, a ironisé en « félicitant toutes celles et ceux qui avaient prévu tous les éléments de la crise une fois qu’elle a eu lieu ».

Macron_Prevoir-2020-03-23-13-16.jpg

Finalement, Emmanuel Macron est comme Nicolas Sarkozy : c’est un coq qui ne supporte pas d’être mis en cause, contesté, surtout quand il se prend les pieds dans le tapis parce qu’il regardait ailleurs.


Macron_Chercher-2020-03-23-13-16.jpg

On se rappelle — et on oubliera pas quand l’alternance sera là — le fameux « qu’ils viennent me chercher » à propos de l’affaire Benalla, une attitude aussi grotesque et prétentieuse que le « descends si t’es un homme » de Nicolas Sarkozy en son temps… Ces saillies et sorties sont dignes d’adolescents pris sur le fait et cherchant à détourner l’attention sur leurs erreurs, mais sont indignes d’un Président, et on se pince à chaque fois qu’on les entends…

Le job, mais sans les risques…

Emmanuel Macron a voulu, et a fait de son accession à la magistrature suprême, l’auto-célébration de sa réussite et de sa supériorité. Il s’avère qu’un nombre sans cesse croissant de Français s’interroge depuis sa prise de fonction, où se trouvent ses fameuses compétences…

À l’heure où la fonction présidentielle est donc une nouvelle fois entachée par des comportements de coq de basse-cours, des centaines de personnes sont dans un état critique dans les hôpitaux.

Ça fait plusieurs jours que ça me démange de faire une note sur ce sujet parce que justement, cette crise, elle a bien été prévue, et depuis longtemps, et les avertissements ont bien été lancés, depuis suffisamment longtemps, pour qu’on reproche à ce gouvernement et à ce président, leur malhonnêteté ou à minima, leur incompétence.

Le gouvernement et Emmanuel Macron pouvaient-ils prévoir cette crise ?

On pourrait trouver, à foison, des articles de presse, des papiers de recherche, des revues spécialisées, des propositions de recherche, qui depuis des années alertent sur la question des risques de pandémies, notamment sur les « coronavirus » et la nécessité de s’y préparer très sérieusement.

Des rapports pour « les décideurs » sans ambiguïté.

Il y a, dans le monde politique, dans le monde de l’entreprise, quelque chose qui s’appelle la « gestion de risque » ou le « management du risque » pour les amateurs d’anglicismes.

Si on est dans le club très sélect des dirigeants de ce monde, comme notre président, il y a le « Rapport Global Risk » produit chaque année par le «  Forum Économique Mondial », et, si on est, seulement, qu’un dirigeant Français, alors, il y a le « Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité Nationale », paru en 2008, puis en 2013 (donc bien avant que vous ne soyez président, Monsieur le Président), et qui oui, explique assez précisément les risques et les impacts des pandémies, et comment s’y préparer un tant soit peu.

Et, au regard de quelques éléments qui démontrent l’impréparation de notre Nation :

  • Pénurie de masques,
  • La découverte que des molécules essentielles pour la santé, sont fabriquées à l’autre bout du monde,
  • L’absence de stocks de produits sanitaires aussi basiques que masques, gels hydroalcoolique
  • La mise en place tardive d’un « conseil scientifique »
  • Le flou sur la stratégie face à la crise (confinement, pas confinement)

On est en droit de se faire la remarque que la « Start’up Nation » a peut-être bêtement fait naufrage avant même d’appareiller vers le monde merveilleux de la mondialisation.

Le Président Français prépare la nation au pire :

Sortir-2020-03-23-13-16.jpg

Oui, ce monde merveilleux, fait de délocalisation, de chaines de production en flux tendu « juste à temps » ultra fragiles, de prix fixés par la loi du marché donc de l’offre et de la demande, et surtout, de réalités bien moins sexy que les cours de bourse de la dernière start’up : les excrétas chargés de virus, de malades que seuls des vrais professionnels, pas des communicants, peuvent soigner…

Tous les gens un peu sérieux ont lu le « Livre Blanc de la Sécurité Nationale » de 2008, qu’en est-il d’Emmanuel Macron ?

LivreBlanc2008-2020-03-23-13-16-1.png

Le Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité Nationale de 2008

On y lit : « L’interdépendance accrue des marchés et des économies mondiales tempère les risques de confrontation aiguë entre États. On observe, lors d’accidents majeurs d’ordre climatique ou sanitaire, comme à l’occasion du tsunami du 26 décembre 2004, de l’épidémie du SRAS en 2002-2003, ou cette année en Birmanie et en Chine, une capacité croissante de mobilisation et de coopération internationales. La conscience d’une responsabilité commune face à des risques planétaires progresse, même si l’adoption de solutions globales demeure difficile à obtenir. » ça commence plutôt bien mais…

Dans le chapitre intitulé « LES NOUVEAUX RISQUES NATURELS ET SANITAIRES » il est rappelé que :

« Les désorganisations sociales majeures que peuvent provoquer les nouveaux types d’épidémies ou les accidents climatiques violents font partie des risques d’ampleur nouvelle qui pèsent sur la collectivité nationale. »

Dans la troisième partie du Livre Blanc de la Sécurité Nationale de 2008, intitulée « UNE NOUVELLE STRATÉGIE POUR L’ACTION », il y a même un chapitre dédié aux Pandémies (P. 164) : « Pandémie massive à forte létalité »


Dans cette partie, les auteurs préviennent donc, dès 2008, que « sur les quinze années à venir, l’apparition d’une pandémie est plausible » et donnent une série d’indications tant sur la prévention, que la préparation et les actions à mener en cas de pandémie:

« le premier volet de la stratégie porte sur la connaissance et l’anticipation et simultanément sur la prévention. Il comporte l’orientation du système de veille et d’alerte sanitaires, un effort continu de recherche, de développement et de production de produits de traitement, la planification de la vie nationale en situation de pandémie, la sensibilisation précoce de la population, la formation des intervenants et leur entraînement par des exercices, la constitution de stocks nationaux correspondant aux principaux risques sanitaires, enfin une contribution à l’action des agences internationales compétentes. (…) Cette organisation mobilisera tout le personnel soignant compétent ainsi que les infrastructures hospitalières. »

  • Concernant l’effort continu de recherche et développement, on appréciera donc particulièrement les propos du chercheur qui travaillait sur les Coronavirus, Bruno Canard, qui travaille avec son équipe depuis 2004 : « En délaissant la recherche fondamentale, on a perdu beaucoup de temps ».
  • Concernant la constitution de stocks nationaux, là encore, on appréciera le caractère inédit des pénuries organisées par les gouvernements sous François Hollande, Emmanuel Macron : « En 2013, il a été décidé que le milliard de stock d’Etat n’était plus indispensable, tant les productions mondiales de masques étaient désormais intenses, notamment en Asie”, regrette le ministre Olivier Véran à l’Assemblée. »
  • Sur la question de la contribution à l’action des agences internationales, on s’intéressera en particulier à la question du financement de l’OMS, de plus en plus tributaire et donc sous le guidage bienveillant des lobbyistes et de fondations comme celle de Bill et Melinda Gates : « Comment rester indépendant quand on est financé en majorité par des dons privés ? »

Que sont devenus les constats de 2008 et quelles mesures ont été prises ?

 

LivreBlanc2013-2020-03-23-13-16.png

Tous les gens un peu sérieux ont lu le « Livre Blanc de la Sécurité Nationale » de 2013, qu’en est-il d’Emmanuel Macron ?

En 2013, le nouveau « Livre Blanc, Défense et Sécurité Nationale » revient sur la question de la pandémie, mais avec une tournure particulière, il est en effet expliqué que c’est la « faiblesse d’un état qui est un risque » : « Que des États se révèlent incapables d’exercer leurs responsabilités régaliennes (…). Une épidémie peut devenir pandémie si elle n’est pas enrayée dès l’origine. »

Dans son introduction du Livre Blanc de 2013, François Hollande y écrit : « Dans le même temps, les menaces identifiées en 2008 – terrorisme, cybermenace, prolifération nucléaire, pandémies… – se sont amplifiées. La nécessité d’une coordination internationale pour y répondre efficacement s’impose chaque jour davantage. »

Les analystes y écrivent ensuite que si le Livre blanc de 2008 identifiait déjà les problèmes, la suite des événements avait validé cette analyse du risque:

« Les événements intervenus depuis lors sont venus confirmer la réalité de ces risques. Plusieurs évènements ont illustré la vulnérabilité de nos sociétés aux risques naturels : en 2009, l’épidémie de grippe A/H1N1 (…) ».

Et les auteurs de préciser que « la circulation des personnes et des marchandises, la concentration de populations dans des mégalopoles et la défaillance des systèmes de santé dans certaines zones favorisent la survenue de crises majeures. Le risque existe notamment d’une nouvelle pandémie hautement pathogène et à forte létalité résultant, par exemple, de l’émergence d’un nouveau virus franchissant la barrière des espèces ou d’un virus échappé d’un laboratoire de confinement. »

Et bien sûr là encore il est bien précisé les impacts potentiels de ce type de crise : « Dépendantes d’infrastructures vitales complexes, fonctionnant à flux tendus, en contact quotidien avec le monde entier, nos sociétés peuvent être rapidement et profondément perturbées par des événements qui ne frappent initialement qu’une fraction de la population. Une désorganisation au départ limitée peut rapidement se propager et être amplifiée au point de constituer une menace affectant la sécurité nationale. »

À ce stade, on pourrait se dire que le Livre Blanc est un élément d’analyse stratégique qui n’intéresse pas les hommes et les femmes politiques qui, dans leur grande majorité, n’ont aujourd’hui plus aucune vision à long terme des enjeux pour la Nation.

Trop préoccupés par leur propre devenir politique, leurs places dans les arcanes du pouvoir et leurs aller-retour dans des grandes entreprises, ils sont trop impliqués avec les réseaux économiques pour avoir une vision à long terme.

Mais même dans le monde « économique » il y a aussi des études « sérieuses » et de référence, sur le sujet.

Global_risks_2013-2020-03-23-13-16-1.png

Tous les gens un peu sérieux ont lu le « Rapport Global Risk » du Forum Economique Mondial, qu’en est-il d’Emmanuel Macron ?

risks_2019-2020-03-23-13-16-1.jpg

Je ne m’attarderai pas sur l’ironie de cette série de rapports puisque les questions d’effondrement, de réchauffement climatique, des mesures à prendre pour améliorer la résilience de nos sociétés, sur les questions environnementales, tout est bien documenté avec des références scientifiques dont visiblement, nos gouvernants n’ont que faire.

Je ne m’attarderai pas non plus sur le cynisme de ces rapports en terme d’analyse des problèmes mondiaux et des solutions qu’ils proposent puisque, années après années, la solution aux problèmes relevés, est souvent davantage de libéralisme.

Mais on sera content d’apprendre que nos dirigeants actuels ont bien participé aux rencontres du Forum Économique Mondial et certains membres de nos gouvernements ont bien lu ces rapports puisqu’ils appliquent certaines recommandations — et pas d’autres vous l’aurez compris — comme par exemple celles que l’on trouve dans la version 2017 :

« Nouveaux systèmes de protection sociale: une approche globale :
(…) Les systèmes devront offrir une flexibilité suffisante pour aider les individus à suivre des parcours de vie et des carrières sensiblement différents tout en maintenant une certaine équité entre les groupes (on dirait du Macron, non ?) et en renforçant la résilience individuelle :
1. Dissocier la santé et la protection du revenu des employeurs ou des emplois individuels
2. Refonte des modèles de retraite en fonction des nouvelles réalités du travail et du vieillissement (on dirait du Macron, non ?)
3. Mettre en œuvre des politiques pour accroître la «flexicurité» (on dirait du Sarkozy, non ?)
4. Mise en œuvre de modèles alternatifs de distribution des revenus »

On voit donc par là que ces rapports sont produits par de dangereux gauchistes très éloignés des idées défendues par nos récents gouvernants.

La version 2013 du rapport, toutefois, est très intéressante pour qui s’intéresse aux risques posés par la mondialisation :

Une partie de ce rapport insiste notamment sur la prédiction de ce qui n’est pas prévisible — une tâche pour les personnes qui sont censées diriger un pays par exemple. Cette section sur les facteurs X donc à considérer les préoccupations émergentes qui ne sont pas encore « sur le radar des décideurs ».

«  Si les 50 risques mondiaux représentent des connus, donc connus, ces facteurs X pourraient alors être considérés comme des inconnues connues. Ils ont été élaborés conjointement avec les rédacteurs de Nature (excusez du peu) et bénéficient de la connaissance approfondie de leurs contributeurs en matière de recherche scientifique de pointe qui n’a pas encore atteint le discours dominant. » et donc qui doivent de manière urgent rentrer sur les radars des dirigeants.

Ce rapport met en demeure les « futurs décideurs » de renforcer la résilience des États face aux risques mondiaux, avec comme objectif d’élaborer une stratégie continue de mesure et d’action pour « renforcer la résilience nationale et identifier les domaines où de nouveaux investissements sont nécessaires ».

Deux parties sont donc particulièrement intéressantes parce qu’étant très directes :

D’une part, un chapitre intitulé « Les dangers de l’ubris sur la santé humaine», qui traite plutôt des risques bactériens et de la menace existentielle posée par les bactéries résistantes aux antibiotiques, plutôt que des risques viraux, mais qui reste tout à fait pertinent sur les questions sanitaires;

Ubris-2020-03-23-13-16-1.png

Et d’autre part, toute une section intitulée « Rapport spécial : Renforcer la résilience nationale face aux risques mondiaux ».

Cette partie du rapport propose des outils d’analyse, en particulier autour de la question de la « résilience » et de la nécessité de mettre en place des politiques systémiques pour se préparer à de futurs chocs.
Le rapport présente cinq composantes de la résilience : robustesse, redondance, ingéniosité, réponse et reprise – qui peuvent être appliquées à cinq sous-systèmes nationaux : économique, environnemental, gouvernance, infrastructure et social.

Un autre insert spécial concerne les « Risques dans la Chaine d’approvisionnement » puisque les chaines d’approvisionnement sont mondiales, interconnectées et à flux tendus.

Encore une fois, les évaluations qui sont faites concernant les pays comme la France montrent une sur-représentation de risques tels que les « Conséquences négatives imprévues de nouvelles réglementations », mais ce rapport averti toutefois sur ces « flambées depuis 2000 décrites comme une successions de quasi-catastrophes »

Global_risks_2019-2020-03-23-13-16.png

À nouveau, dans la version 2019 du Rapport Global Risk, on lisait :

« Going Viral, The transformation of Biological Risks »


GoingViral-2020-03-23-13-16.png

Celui-ci commence par pointer du doigt « l’impréparation de nos sociétés aux risques biologiques, même les plus modestes ».

Le rapport revient sur les épidémies successives « Ebola, MERS, SARS, Zika, fièvre jaune etc. » :

Comme le rappelle très bien le professeur Philippe Sansonetti dans sa conférence au Collège de France « Covid-19, chronique d’une émergence annoncée », MERS et SARS sont des coronavirus…

Conf_Sansonetti-2020-03-23-13-16.jpg

Going Viral :

« La fréquence des flambées épidémiques augmente régulièrement. Entre 1980 et 2013, 12 012 foyers ont été enregistrés, comprenant 44 millions de cas individuels et affectant tous les pays du monde. Chaque mois, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) détecte 7 000 nouveaux signaux d’épidémies potentielles, générant 300 suivis, 30 enquêtes, et 10 évaluations complètes des risques. En juin 2018, il y a eu – pour la toute première fois – des flambées de six des huit catégories de maladies figurant sur la liste des «maladies prioritaires» de l’OMS. S’ils s’étaient répandus à grande échelle, ils auraient pu tuer des milliers de personnes et créer des perturbations mondiales majeures. »

Et de continuer en pointant du doigt la mondialisation et l’anthropocène :

« Premièrement, l’augmentation des niveaux de voyage, de commerce et de connectivité signifie qu’une épidémie peut se déplacer d’un village éloigné vers des villes du monde entier en moins de 36 heures.
Deuxièmement, la vie à haute densité, souvent dans des conditions non hygiéniques, il est plus facile pour les maladies infectieuses de se propager dans les villes – et 55% de la population mondiale vit aujourd’hui dans les zones urbaines, une proportion qui devrait atteindre 68% d’ici 2050.
Troisièmement, l’augmentation de la déforestation est problématique: la perte de couvert forestier a augmenté régulièrement au cours des deux dernières décennies et est liée à 31% des flambées telles que le virus Ebola, Zika et Nipah.
Quatrièmement, l’OMS a souligné le potentiel de le changement climatique pour modifier et accélérer les modes de transmission des maladies infectieuses telles que le Zika, le paludisme et la dengue.

Enfin, le déplacement humain est un facteur critique à cet égard. Que ce soit en raison de la pauvreté, des conflits, des persécutions ou des urgences, le déplacement de grands groupes vers de nouveaux endroits – souvent dans de mauvaises conditions – augmente la vulnérabilité des populations déplacées aux menaces biologiques. Parmi les réfugiés, la rougeole, le paludisme, les maladies diarrhéiques et les infections respiratoires aiguës représentent ensemble entre 60 et 80% des décès pour lesquels une cause
est signalé. »

Bref, là aussi donc, on voit que tout ce qui se produit aujourd’hui devrait donc être loin d’être une surprise pour l’ensemble des dirigeants de la planète, qu’ils soient politiques ou économiques !


Societal_risks_2019-2020-03-23-13-16-1.png

En conclusion de cette partie, les auteurs du rapport insistent sur le fait que les dégâts « limités » des crises successives qui n’ont alors pas dégénérés en pandémies ont fini par endormir la vigilance des institutions et des États.
L’OMS allant jusqu’à parler d’une forme de « complaisance » et à donc introduit en 2015 un liste de « maladies prioritaires » dont en 2018, une « maladie X » pour attirer l’attention des chercheurs sur les risques liées à des maladies perçue comme non susceptibles d’être transmis à l’homme mais qui pourraient le devenir. L’OMS et le rapport pointent enfin du doigt que le budget 2017-2021 de la « Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) » mise en place en 2017 pour coordonner et financer le développement de vaccin n’est que de 1 milliard de dollar ! »

Les risques de pandémies et leurs conséquences économiques et sociales sont donc des sujets relativement anciens mais très bien documentés et sur lesquels la communauté scientifique alerte de manière répétée et avec constance. Comme pour le réchauffement climatique, les dirigeants ne veulent pas mettre cela sur leurs radars car cela va à l’encontre de leurs projets de libéralisation.

En effet, les solutions pour se préparer à ces risques et renforcer la résilience de nos sociétés passent par reprendre le contrôle sur les chaines de valeurs mondialisée, relocaliser nos économies, investir dans les infrastructures sanitaires et leurs personnels… Au risque tôt ou tard, à défaut, d’être confronté de manière impuissante à une catastrophe pourtant annoncée.

Gouverner c’est prévoir.

Il y a quelques années j’ai renforcé dans mes cours sur le « management du Développement Durable et de la RSE », la question de la gestion du risque. Je m’étais particulièrement ému de l’impréparation des Japonais en 2011 face à ce que l’on a appelé « l’accident de Fukushima » qui n’est pas réellement un accident, mais le résultat de l’enchainement d’incuries et la négation de tout ce qui fonde une gestion raisonnée du risque.

En effet, à l’époque là aussi, nous avons tous vu sur nos écrans, incrédules, se dérouler un drame pourtant bien prévisible :

Nous avons vu une centrale nucléaire construite dans un pays connu pour ses risques sismiques, être construite elle-même sur une faille sismique, et en bord de mer, dont « on a pas prévu » qu’un tsunami de plus de 8 mètres puissent se produire, alors qu’historiquement, les preuves de tsunamis de plusieurs dizaines de mètres se retrouvent partout dans les campagnes japonaises…

Dans un pays que l’on pensait être une puissance technologique rigoureuse et ultra organisée, nous avons vus des réacteurs nucléaires fondre, des enceintes de confinements et des hangars exploser, et des pompiers non préparés, véritablement improviser, bricoler des lances à incendies pour essayer d’arroser de loin des piscines remplies de combustible. L’ensemble des acteurs, gouvernement, services de sécurité et entreprises concernées, impuissants à gérer la crise… Des millions de tonnes d’eau contaminées finiront donc dans l’océan…

risk_management-2020-03-23-13-16.png

La gestion de risque ne consiste pas à évaluer les possibilités d’occurrence des événements, mais bien d’évaluer la gravité des occurrences qui viendront tôt ou tard, et les réponses que l’on doit y apporter lorsque ces événements se produisent.

Comme le faisait remarquer Emile de Girardin : Gouverner c’est prévoir.

En Janvier 2019, encore lui, le Forum Economique Mondial publiait un…
Livre Blanc sur les risques pandémiques :

« Outbreak Readiness and Business Impact, Protecting Lives and Livelihoods across the Global Economy » :

On y lit :
« Le monde est mal préparé pour détecter et enrayer les épidémies
Bien que des progrès significatifs aient été accomplis depuis la réponse à Ebola en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, les experts s’accordent généralement à dire que le monde reste mal préparé pour détecter et répondre aux flambées et n’est pas prêt à répondre à une menace pandémique importante. »

outbreaks-2020-03-23-13-16.png

Que pouvait donc faire Agnes Buzyn ?
Avec Emmanuel Macron au pouvoir, rien !


Gouv-2020-03-23-13-16.jpg

On a sans doute raison de fustiger — voire de poursuivre en justice — ce gouvernement et notamment notre ancienne ministre de la Santé, partie en pleine crise en campagne pour la Mairie de Paris. Il s’agit bien évidemment là aussi d’une preuve de plus de l’incurie de la macronie, comme celle de ses prédécesseurs, plus préoccupés par renvoyer l’ascenseur à ceux qui financent leur campagne et à travailler pour s’assurer une place durable dans l’arène politique, que de faire le nécessaire pour préserver l’intérêt général, mais franchement, que pouvait-elle faire ? Rien.

Quand la crise à commencé en Chine, il était déjà trop tard puisque tout ce dont nous avions besoin n’était non seulement pas prêt, mais n’avait même pas été envisagé.

Pour comprendre la façon dont Emmanuel Macron et son gouvernement se préparent sur les questions des crises sanitaires, pourtant annoncées, on relira la tribune de décembre 2019 dans le JDD, où 660 médecins hospitaliers se disent « prêt à la démission », et qui finira par la démission de plus de 1000 chefs de service en janvier 2020 « pour sauver l’hôpital Public », actions elles-mêmes précédée d’une longue grève des urgences depuis l’été 2019

E6DSIK6OP5W5YYLOWLEPCSPUHE-2020-03-23-13-16.jpgSoignants en grève et en souffrance, les urgentistes (ici à l’hôpital Necker) sont à bout. LP/Louise Méresse

« L’hôpital public se meurt, faute de moyens à même d’assurer la qualité des soins et de garantir la sécurité des patients. Les médecins hospitaliers ont eu beau sonner l’alarme, la rigueur est devenue austérité, puis l’austérité, pénurie. »

Certes, ce n’est pas ce gouvernement qui a commencé les purges puisque cela fait longtemps que la santé des Français coute trop cher pour nos gouvernements respectifs :
« En pleine épidémie de grippe, cela ferait désordre. En visite aux urgences de l’hôpital La Pitié Salpêtrière à Paris vendredi 27 février, Manuel Valls et Marisol Touraine se sont auto-congratulés d’avoir réagi “avec détermination” et “au bon moment” face au pic de la maladie. En revanche, le Premier ministre et la ministre de la Santé n’ont pas dit mot sur les économies prévues dans les budgets des hôpitaux d’ici à 2017. »

« (…) le nombre d’administratifs travaillant dans le domaine des soins a augmenté de 3 200 % et le nombre de médecins de 150 %. »
Extrait de l’Interview de Stéphane Velut sur la régression managériale et comptable de la santé sur Usbek & Rica.

Rien, absolument rien n’a été fait au cours des 20 dernières années en France pour faire face à une pandémie pourtant annoncée, d’où la posture aujourd’hui du Président Emmanuel Macron de dire « quoi qu’il en coûte ».
Tout d’un coup, réalisant la gravité de la situation et la hauteur de l’impréparation, il ne lui reste plus qu’à sortir le chéquier, en espérant nous faire oublier la vrai raison de la catastrophe.

On peut même s’étonner que dans La « REVUE STRATÉGIQUE DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ NATIONALE » de 2017, préfacée par le Président de République, le risque sanitaire ne soit plus évoqué que dans deux maigres paragraphes…

Risques_2017-2020-03-23-13-16.png

Dans les deux précédents Livres Blancs de la Défense et de la Sécurité Nationale, les Présidents de l’époque n’avaient pas jugés nécessaire de mettre leur trombine en guise d’introduction…
Ceci explique peut-être cela… Ubris ?

Ubris_bis-2020-03-23-13-16.png

Il est encore trop tôt pour faire le bilan, mais quel que soit le nombre de morts et le nombre de milliards qu’il va falloir « sortir » pour faire face, on a déjà les éléments pour constater la vacance du pouvoir et la nécessité urgente de mettre en place un gouvernement « pour le peuple, et par le peuple ».

Il n’est pas étonnant que de plus en plus de Français pensent « tribunal populaire ». Comment leur en vouloir ?
Aux armes, ou aux urnes, citoyens ?

——
Je vous invite à voir, ou revoir « Hôpital public, la loi du marché », 2017, d’Envoyé Spécial de France 2, où la question du management et des méthodes de gestion sont clairement décrites.

Les marchés

L’histoire est toujours intéressante pour comprendre les enjeux sous jacents de l’actualité.

Par exemple, pourquoi les États-Unis veulent-ils toujours mettre en place des traités de libre-échange avec les grandes zones économiques, à l’instar de ce qu’il se passe en ce moment avec le traité de libre-échange transatlantique TAFTA (Trans-Atlantic Free Trade Agreement). C’est encore une fois une affaire de « marché libre » et « non faussé ».

Les origines contemporaines du « Libre échange »

wpid-csm_vign_dataviz_tafta_15_bf7851e09b-2015-09-22-19-262.png

Source : touteleurope.eu

L’expansionnisme économique et militaire des États-Unis n’est pas une nouveauté, toute l’histoire de ce pays dès sa création est profondément marquée par la primauté accordée à ses enjeux économiques face à toute autre considération dans les lignes directrices de sa politique intérieure et extérieure.

Ainsi, quelques années à peine après le discours du président américain républicain James Monroe, le 2 décembre 1823, à l’intention des Européens, au cours duquel il fixe les directives de la diplomatie des États-Unis durant le XIXe et le début du XXe siècle, les États-Unis traversent le Rio-Grande sous des prétextes fabriqués dans le but de conquérir une partie du Mexique. Cette guerre mènera le Mexique à céder aux États-Unis, avec le traité de Guadeloupe Hidalgo en février 1848, les états de l’Arizona, de la Californie, du Colorado, du Nevada, du Nouveau-Mexique, du Texas, de l’Utah et du Wyoming, soit la moitié de leur territoire !

wpid-Mexican_Cession_in_Mexican_View-2015-09-22-19-262.png

Cet impérialisme datant en réalité d’avant la doctrine Monroe, avait fait de l’Amérique latine progressivement hors du contrôle de l’Espagne, la zone d’influence des États-Unis. Et il ne fallut pas longtemps pour que les entrepreneurs américains s’intéressent au Pacifique : Hawaï, le Japon et les marchés de la Chine. Entre 1798 et 1895, les forces militaires américaines sont intervenues à 103 reprises hors de leur territoire.

Howard Zinn : « Thus, by the 1890s, there had been much experience in overseas probes and interventions. The ideology of expansion was widespread in the upper circles of military men, politicians, businessmen-and even among some of the leaders of farmers’ movements who thought foreign markets would help them. »

Cette culture expansionniste s’est ainsi renforcée dans les milieux militaires, et s’étendait à toutes les élites américaines, voire même aux grands propriétaires terriens qui voyaient là la possibilité d’étendre leurs marchés. Ainsi, la grande dépression qui débuta en 1893 renforça l’idée que les marchés étrangers pourraient compenser la réduction de la consommation interne des États-Unis, et permettrait également de réduire les mouvements de protestation et de grèves dans un élan de patriotisme. Ce sentiment guerrier n’était pas là par hasard, il était entretenu, encouragé, exagéré par une presse au service des puissants, des militaires et du gouvernement :

Extrait d’un éditorial du Washington Post à l’aube de la guerre avec le Mexique (Zinn) :

« The taste of Empire is in the mouth of the people even as the taste of blood in the jungle. »

La classe politique américaine semblait unanime, comme le décrit Zinn :

« Several years before his election to the presidency, William McKinley said:

“We want a foreign market for our surplus products.”

Senator Albert Beveridge of Indiana in early 1897 declared:

“American factories are making more than the American people can use; American soil is producing more than they can consume. Fate has written our policy for us; the trade of the world must and shall be ours. »

Mais c’est de l’état du monde au sortir de la Seconde Guerre mondiale et de leur position hégémonique particulière à ce moment-là que les États-Unis, suivit par certains de leurs « alliés » vont ancrer profondément les modèles économiques et l’ensemble de leurs instruments, idéologiques, économiques et financiers, modèles qui vont structurer la seconde partie du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Ces outils et ces modèles s’étaient développés, théorisés et en grande partie imposés dès le XVIIIe siècle : Du XVIIIe au début du XXe siècle, une série de mutations économiques et industrielles avaient fait passer les empires occidentaux d’un modèle basé sur les productions agraires et artisanales à un modèle industriel et commercial, la première et la seconde révolution industrielle…

[12/2012, edit 09/2015]

À lire :

A people’s History of the United-Sates, 1492 to present, Howard Zinn

wpid-peopleshistoryoftheunitedstates-2015-09-22-19-262.jpg

Als sie mich holten, gab es keinen mehr, der protestieren konnte.

Quand ils sont venus chercher les intérimaires, je n’ai rien dit, je n’étais pas intérimaire ; quand ils sont venus chercher les ouvriers, je n’ai rien dit, je n’étais pas ouvrier ; quand ils sont venus chercher les fonctionnaires, je n’ai rien dit, je n’étais pas fonctionnaire ; quand ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester…

En ce moment, on revient souvent, et d’une certaine façon, à juste à titre quant aux drames personnels, sur les « suicides à France Télécom », sur la situation des agriculteurs « prêts à tout »

La France découvre-t-elle le « Management » des personnels ? Les Français découvrent-ils la dégringolade sociale à l’œuvre depuis la fin des années soixante-dix dans les pays occidentaux, les Français découvrent-ils la désindustrialisation de leur pays ? « Travailler plus pour gagner plus », « Le pouvoir d’achat » n’étaient-ils pas les deux tartes à la crème de la dernière campagne présidentielle ?

Quand dans l’entreprise le climat social n’en est pas au niveau de celui de France Télécom, c’est sur les sous-traitants que s’exercent les pressions du même acabit, et ce n’est pas une nouveauté. Depuis les années quatre-vingt-dix, la novlangue nous a concocté des discours sur la « flexibilité », sur « l’externalisation », sur « l’outsourcing ».
Tous termes qui consistent simplement à faire produire les biens et les services le moins cher possible, en flux tendu, avec le minimum de contraintes (salariales, sociales, légales, environnementales) pour permettre aux ayants droit (CA, actionnaires et partenaires financiers) de tirer les marges maximales et aux consommateurs d’acheter « moins chers »

Quand les lignes téléphoniques sont posées par des équipes de sous-traitants, venues du Portugal, qui s’en offusque puisque c’est moins cher ?

Les syndicalistes, à la flamboyante époque publique d’EDF, ne se sont jamais souciés des mineurs dans les mines de cuivres et d’uranium, les fonctionnaires de La Poste ne se sont jamais souciés des chauffeurs de camions des sous-traitants qui faisaient la liaison entre les centres de tris, les usagers ne se sont jamais privés de critiquer les « cantonniers payés à rien foutre » sur le bord des routes, les prolos ne se sont jamais souciés de savoir d’où venaient leurs chips et leur lait, et les rupins ne se sont jamais souciés de savoir dans quelles conditions étaient produits les cornichons vendus dans leurs épiceries fines…
Les agriculteurs conventionnels et la FNSEA ne se sont jamais souciés du dumping européen sur les marchés africains, les céréaliers français ne se sont jamais souciés des conséquences environnementales et de santé sur les habitants aux alentours de leurs exploitations, les éleveurs français ne se sont jamais souciés des conditions de production des compléments alimentaires OGM sur l’agriculture sud-américaine et sur la forêt amazonienne…

La France entière se tordait de rire quand Coluche, en bon héritier du poujadisme, faisait des blagues sur l’horloge que l’on ne risque pas de voler parce que tous les fonctionnaires ont les yeux rivés dessus…

Même si j’évite au maximum ce genre d’endroit, Il m’arrive parfois de me poser quelques minutes dans un centre commercial, vous savez, sur les bancs installés en face des caisses, dans la galerie commerciale. Et à prendre le temps d’y réfléchir, je ne me fais aucun soucis pour la surcharge pondérale de M. Le Métayer, aucun soucis pour l’avenir de la famille Sarkozy, aucun soucis pour le bronzage de Séguéla, aucun soucis pour les intermédiaires financiers.

Une crise ? Quelle crise ?

Suite (ou retour, c’est selon) ici. Et là aussi.

Esprit critique ?

Jeudi 23 avril, Guillaume Erner * hagiographe d’Arielle Dombasle, elle-même interrogeant Alain Finkielkraut, Bernadette Chirac… C’est à se demander si Philippe Val n’a pas pris les rênes d’Inter !

Plus sérieusement, le degré zéro d’autocritique d’Arielle Dombasle dans son album et dans la justification qui l’accompagne rejoint celui de son compagnon dans l’hagiographie qui lui a été consacré : « La Déraison dans l’Histoire », documentaire absolument hallucinant consacré à Bernard-Henri Levy commis par Eric Dahan. À regarder sans retenue jusqu’à l’écœurement.


© FRANCE 5, INTENSER Continuer la lecture

Plus on est de fous…

Depuis… bien longtemps, Rezo.net est une de mes premières adresses quotidiennes…

Et bien aujourd’hui, il y a L’autre Réseau, et l’on peut s’en réjouir.

C’est bien, (on se demandait un peu ce qu’il se passait avec Rezo.net), comme c’est bien de lire que tous ceux qui ne sont pas « pour Val » ne sont pas du coup forcément «  pro Siné », personnellement, je ne me sens pas à l’aise ni avec l’un ni avec l’autre (et je dis ça en ayant grandi avec, entre autres, Charlie Hebdo, les albums de Reiser et de Wolinsky etc.) je ne me suis donc pas précipité pour acheter le numéro 1 de « l’hebdo satyrique du gars qui ne se prend pas au sérieux, mais n’a aucun problème à ce que l’hebdo porte, en toute modestie, rien moins que son nom »

Bref. J’attends de voir, j’apprécie énormément certaines des signatures que l’on y trouve.

Un peu de subtilité, néanmoins incisive, et de diversité de points de vue, est d’un bien meilleur goût que les sales blagues misogynes (les femmes sucent, les mecs montrent leurs couilles, leur bite, etc.) et limites racistes ou discriminantes : il ne faut pas confondre représenter un président avec une plume dans le cul et traiter ses adversaires « d’enculés ».

On peut être sardon sans être gras ou lourd ! CQFD.

(note en retard du 11 septembre 2008 15:04)

Hey, I found it!

I have a plan to save our economies and turn back the investments to down to earth wealth creation and this time with environmental preservation, once for all, for the sake of the next generations. It would cost nothing compared to all the billions stolen by the financial serious managers and acclaimed clever investors of the so called* “free market that will self regulates”…

Let’s nationalize The Economist!

wpid-The_Economist_Is_a_joke-2008-09-30-23-301.jpg

And as a light “go back to school and do your assignments” punishment for each editorial writer of The Econcomist of the last decade, have them to write an essay on: where has the money gone and why financial (unproductive) real economy diverting investments deserve more money then… say… the UN World Food Programme (or just simple SMBs support if that’s too painful for their pen) for example.

wpid-soudan_1-2008-09-30-23-301.jpg

Read on their leader:
“I want your money. No government bail-out of the banking system was ever going to be pretty. This one deserves support…”

This is so… how can I say, mmhh… Unexpected!

Damn, how can anyone take these guys for serious. Will they ever learn something?
And we, the “liberals/green/progressives” are the ones that are not serious?


* you know the saying: “privatize profits, share losses”, don’t you?

La partie émergée de l’iceberg…

Bon, je vais évidemment diffuser, imprimer et envoyer une copie de l’excellentissime carte postale de Philippe à notre cher président.

Mais puisque celle-ci est signée Edvige, et pour rester dans ce sujet, je voudrais juste rappeler à mes concitoyens qu’Edvige n’est que la partie émergée d’un iceberg qui est bien plus large qu’un continent tout entier et qui se construit depuis bien, bien, bien longtemps :

Par exemple, vous voulez envoyer cette très pertinente carte postale en l’imprimant avec l’imprimante laser de votre bureau, ou la votre personnelle, puisque leur prix se sont nettement « démocratisés » ces dernières années y compris les couleurs qui se vendent comme des petits pains… Et bien ce faisant, qui allez vous « alimenter » en faisant cet acte citoyen que vous croyez banalement anonyme ?

Edvige, justement !!

Ben oui, attention, certaines imprimantes ne sont pas anonymes ! Petit rappel important à mes amis militants :
« Depuis dix ans, les imprimantes laser couleur sont dotées d’un système de marquage invisible. Un procédé caché aux utilisateurs que les fabricants confirment aujourd’hui. Son but serait de lutter contre la contrefaçon de devises ou de documents officiels. »

NKM – UMP même combat ?

Aaahh Nathalie… (permettez que je vous appelle par votre prénom  ?)

Comme je pense à vous, comme je compatis… Je vous revois encore face à Nicolas Hulot dire avec force conviction que vous étiez engagée dans « l’écologisation de l’UMP »

wpid-NKM_2-2008-04-11-09-59.jpg

Je vous revois encore découvrant votre ministère, appuyée nonchalamment contre le montant d’une porte posant la question qui tue : « La cantine, elle est en Bio ici ? »

wpid-NKM_ministere_1-2008-04-11-09-59.jpg

Croyez-vous qu’un jour celle de l’Assemblée Nationale sera aussi en Bio, avec 0,9 % d’OGM ?

wpid-AsembleeUMP-2008-04-11-09-59.jpg

« J’en ai marre d’être confrontée à une armée de lâches » dites-vous ?

Rien que de très normal : Chassez le naturel et il revient au galop…

Comme ceux qui se sont abstenus lors du vote, allez-vous vous coucher pour préserver votre carrière politique, ou aurez-vous le courage d’aller déchirer votre carte de l’UMP sur le bureau de votre cher président ?

wpid-NKM_Inter-2008-04-11-09-59.jpg

Bref, désormais, en France, nous n’aurons plus le droit de nous alimenter sans OGM.

Vous n’en vouliez pas ? Malgré le fait que vous représentiez la majorité (72 % des personnes interrogées), que les pros OGM sont minoritaires dans le secteur agricole agro-industriel, que la contamination des filières non-OGM est irrémédiable dès lors que les OGM sont en plein champ ; peu importe que les bénéfices des OGM soient contestés et contestables, peu importe que tout cela mette à genou la production agricole alimentaire mondiale face à quelques firmes multinationales…

Je fais mienne la question posée par Greenpeace : « Texte de loi ou acte de vente à Monsanto ? »

Extrait du site de Greenpeace :

« L’Assemblée nationale vient de rédiger l’acte de vente de l’agriculture française à Monsanto, conclut Arnaud Apoteker. Le Premier ministre est le premier à vouloir le signer. Les sénateurs trouveront-ils le courage d’afficher un autre visage ? »

Ce scrutin, caractérisé par une très courte majorité et une abstention inhabituelle, témoigne par ailleurs du manque d’unanimité et de la mauvaise conscience des députés UMP sur la ligne définie par M.Copé et la frange la plus extrémiste du parti. Greenpeace en appelle maintenant au Président de la République : l’intérêt général doit passer avant les intérêts des firmes de semenciers et la politique politicienne.

Je me suis mordu la langue depuis l’élection de Sarkozy, notamment concernant la tartuferie du « Grenelle de l’environnement », parce que je voulais attendre de voir quelle serait la conclusion. Je ne suis pas déçu. Les députés ont donc voté pour la loi qui s’assoit sur les principes fondamentaux de protection de l’environnement, sur les principes de précaution et surtout rend irresponsable celui qui contamine.

Extrait du Petit Robert :

corruption [kCYypsjT] n. f.

• v. 1130; lat. corruptio, de corrumpere  corrompre 

1 (1170) Vieilli Altération de la substance par décomposition. ⇒ Décomposition, pourriture, putréfaction.

2 Littér. Altération du jugement, du goût, du langage. ⇒ Corrompre (I, 2o).

3 Le fait de corrompre moralement; état de ce qui est corrompu. ⇒ Avilissement, dépravation, gangrène, perversion, souillure, vice. Corruption des mœurs. ⇒ dérèglement, dissolution. « Les hommes sont tous pareils, enragés de vice et de corruption » (A. Daudet).

4 Emploi de moyens condamnables (⇒ bakchich, dessous-de-table, pot-de-vin) pour faire agir qqn contre son devoir, sa conscience; fait de se laisser corrompre. Tentative de corruption. La corruption électorale est un délit. Condamné pour corruption de fonctionnaires. ⇒ Prévarication. Être convaincu de corruption. Corruption active, passive.

Quelle définition* du mot corruption parmi celles-ci, pensez-vous qu’il faille utiliser concernant l’adoption de cette loi ?

Y a-t-il encore quelqu’un dans ce pays pour croire qu’il est sain pour la démocratie française que celle-ci soit dirigée par des avocats d’affaires ?

wpid-NKM_cope-2008-04-11-09-59.jpg

*Pour ma part, je retiens la troisième, mais sait-on jamais…

(maj à 22:24)

Afrique

wpid-chocolate-2008-03-5-09-21.jpg

Est-ce la langueur du « Hallelujah » interprété par Jeff Buckley qui m’accompagne depuis le petit matin ? Est-ce l’idée de reprendre le voyage alors qu’à ma fenêtre un voile blanc recouvre la campagne bavaroise ? Est-ce le parfum doucereux des fondants au chocolat qui s’échappent du four, que j’ai fait ce matin pour remercier mes hôtes de leur accueil si amical… Peut-être est-ce la mélancolie qui précède la joie de retrouver mes « proches » après une trop longue absence… Peut-être tout ça à la fois.

Après près de deux semaines de frénésie traductrice, continue, insensée, les travaux transmis en flux tendus s’ajoutant sans cesse les uns aux autres, voilà un peu de calme, et donc, un peu de temps pour laisser les émotions revenir à leur juste place.

wpid-bavaria_snow-2008-03-5-09-21.jpg

Hier déjà, un mail d’un compatriote Ivoirien qui me remerciait de publier les émissions de Rendez-vous avec X sur mon site, avait comme déchiré le bloc de nerfs qui me figeait sur mon siège. Une occasion pour moi de lui dire en quelques mots toute la tristesse que me procurent les paroles infâmes et tellement malhonnêtes de notre président et de sa sinistre, indigne plume, à propos de l’Afrique.

Puis, un autre mail est venu m’apprendre que mon parrain, Robert C., Bob, était décédé d’un cancer il y a quelques jours. Je suis profondément touché par la mort d’un humain. Cet instant qu’il pressent venir inéluctablement mérite, quelle que fût sa vie, une pensée pour le petit d’homme qu’il a été à sa naissance et cette même fragilité qu’il a retrouvées à cet instant-là.

Sa mort « prématurée » refermera définitivement pour moi l’énigme de ce gros nounours qui me faisait sauter sur ces genoux et me chatouillait à mourir, les dimanches entre blancs de Yaoundé. Bob était mon parrain. Je l’avais choisi parce que j’aimais ce bonhomme et son grand sourire, sa bonne humeur dominicale… J’étais un enfant.

Une énigme parce que là se trouve l’un des nœuds de mon histoire de français africain : Ces hommes et ces femmes qui me traitaient moi, leur enfant, comme un roi, alors qu’ils acceptaient, supportaient et participaient, bon gré ou malgré, à l’infamie qui faisait qu’à quelques mètres de la piscine où je m’ébattais insouciant, mes frères et sœurs enfants africains s’éteignaient misérablement dans le dénuement, la misère, la maladie, l’indifférence.

La découverte il y a quelques années des livres de l’association Survie, notamment « le Dossier noir n°14, Le silence de la forêt : réseaux, mafias et filiales bois au Cameroun », a donné encore plus de relief à cette énigme, Bob y étant directement mis en cause.

Toujours est-il que ce matin, après avoir suivi de loin les terribles événements qui secouent le Cameroun, incapable de m’exprimer sur ce qui me touche pourtant au plus profond, j’ai lu un très bel article qui m’a… Bouleversé :

Où est le “Centre” de l’Afrique ?

Bouleversé parce que c’est bien là encore une fois un démenti — mais en est-il besoin ? — aux discours indignes sur l’absence d’histoire africaine, d’épaisseur, d’existence, que cette caricature de « tchatcheur » du sentier qui est nous sert de président est allé asséner à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Tenir de tels propos dans une université africaine, qui plus est qui porte ce nom, c’est soit une triple erreur, soit comme je le crois, un signe fort du mépris et de déni que porte la nouvelle droite décomplexée (et les élites politiques françaises de manière générale) à l’égard de la légitime fierté des Africains vis-à-vis de leur histoire. C’est comme un signal dont le message serait : « De toute façon, vous n’êtes que des nègres incapables… ». C’est Pétain s’adressant aux colonies, c’est Baudoin déniant avec mépris la légitimité de Lumumba à s’adresser à lui d’égal à égal… Et nous sommes pourtant en 2008.

Comment le président de la République française peut-il tomber aussi bas, être aussi minable, ignorant, indécent

Il n’est pas d’autre mot que la honte, pour décrire ce que j’ai ressenti quand adolescent j’ai compris le rôle de la France et de mes compatriotes français dans l’état de l’Afrique. Cette honte n’a fait que grandir au fur et à mesure que je mesurais l’ampleur de ce que l’on appelle la Françafrique.

Cette honte a atteint son paroxysme à deux reprises au cours des derniers mois :

La première fois a été le soir du résultat des élections présidentielles françaises, lors du discours qui pour moi marque la véritable rupture de N. Sarkozy : tenir un discours qui se veut sur certains points rassurant et qui, en deuxième lecture, en creux porte et décrit en détail la prolongation désastreuse à venir des mêmes ignominies.

La deuxième fois a été à la lecture du discours à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. La « décomplexion » de cette droite n’a d’égale que son ignorance, ou sa mauvaise foi.

Il y eut bien sûr d’autres moments où j’ai eu envie de hurler, par exemple lors du traitement médiatique de l’affaire « Arche de Zoé », où plus récemment encore l’attitude de la France lors des événements récents au Tchad.

La Françafrique, c’est fini ? Vraiment ?

J’ai honte de mon pays, j’ai honte de la nationalité de ma carte d’identité.

Plus le temps passe et plus ma honte se transforme en effroi.

maj le 6 mars 2008

Le site où il ne ferait pas bon se trouver

Les modestes notions d’anglais dont je dispose me laissent à penser que le sens du nom « note2be » point com signifie à peu près avec un petit jeu de mot :

Note2be.com : le site où il ne ferait pas bon se trouver

Et à y voir le contenu, on se dit que oui, vraiment, Stéphane Cola (qui d’après une simple requête Whois chez Gandi.net, est le propriétaire de ce site) doit avoir beaucoup de frustration et de rancœur à l’égard du corps enseignant. Est-ce dû à un ou plusieurs échecs scolaires ? Est-ce, comme cela semble être la tendance poujadiste actuelle, un nouveau ballon d’essai pour tester la réactivité de la société civile face aux propositions de plus en plus clientéliste d’une droite en fin de décomposition morale ?

Vous savez quoi ? Je pense juste que c’est qu’un pov’type qui cherche à se faire mousser pendant la campagne électorale, en prenant soin de se donner une image de marketeur politique qui n’aurait pas froid aux yeux, histoire d’élargir son portefeuille de clients côté UMP.

Je veux bien en discuter ici avec lui si je me trompe.

Contrairement à ce qu’écrit en toute fausse neutralité Le Monde, on ne peut pas aller « Au-delà de la méthode contestée », car non, ce site ne « soulève [PAS] la question de l’évaluation des enseignements par les élèves », il sert juste de défouloir aux branleurs qui n’ont rien d’autre à faire à l’école que de traiter les bons élèves de « lèches » et les profs de privilégiés. L’opportunisme dont on ne sait plus s’il est commercial ou politique est vraiment un signe fort qui devrait faire s’interroger les membres de l’UMP sur leurs « valeurs morales », mais bon, on n’y croit plus à force.

Si vous êtes concerné, vous pouvez lui dire ce que vous en pensez directement en allant là (et en entrant le nom « note2be.com » dans le champ de recherche) pour notamment lui rappeler qu’il s’expose tout simplement à des poursuites en diffamation, selon la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse : « l’allégation ou l’imputation d’un fait précis qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel il est imputé »…

Je ne suis pas juriste, mais il paraît aisé de démontrer en effet que l’infraction est constituée, car elle réunit les trois éléments qui sont pris en considération dans ce genre d’affaires : l’élément matériel, l’élément moral et l’absence des faits justificatifs ou d’immunités.

• L’élément matériel :

L’allégation selon laquelle un professeur serait incompétent (la notation, qui est un élément précis) en s’appuyant sur des faits non précis : Simple évaluation subjective par des élèves dont on ne peut vérifier sur quelles bases ni compétences reconnues ils ont émis leur évaluation pour noter l’intérêt, la clarté, la disponibilité, l’équité, le fait d’être respecté et motivé (on croit rêver…), est de nature à porter atteinte à l’honneur ou à la considération des professeurs.

• L’élément moral :

La question ici est : y a-t-il intention de nuire ?

Si vous êtes titulaire d’un DEA de droit public, vous ne pouvez pas vous cacher derrière votre petit doigt en plaidant l’innocence, le bon sens (les élèves son notés par les profs, les profs pourraient aussi être notés par les élèves…), ou la volonté d’ouvrir un débat, ces arguments ne tiennent pas (cf ci-dessus), surtout qu’en tant que personne qualifiée ou compétente, et sachant que vous alliez divulguer des noms de personnes en remettant en cause leurs compétences, vous risquiez de porter atteinte à leur honneur ou à leur considération… Vous avez quand même persévéré dans ce « risque ».

De plus, le nom du site laisse peu de doute sur l’objectif visé par le site : « Il ne faut pas y être » 

L’intention de nuire semble donc bien constituée.

• L’absence de faits justificatifs et d’immunités :

D’une part : Encore une fois, je me reporte à l’élément matériel.

D’autre part : La diffamation n’est pas punissable en cas de vérité des faits (exception de vérité, sauf dans le cas de la vie privée) ou d’immunité.

Les faits sont récents, il n’y a ni amnistie ni prescription, les profs étant notamment encore en fonction.

Bon, j’espère que les enseignants concernés seront nombreux à porter plainte…

En tout cas, c’est minable comme d’habitude, mais on n’arrive pas à s’y habituer à leur morale décomplexée…