Le cœur au bord des yeux.

Voilà maintenant neuf mois que j’ai totalement bouleversé ma vie.

En septembre, j’ai pris le parti de ne pas, une année encore, regarder tomber la neige par la fenêtre, et prendre le risque de ne rien faire, comme en attendant je ne sais quoi. La réalité des égoïsmes et des incapacités des uns et des autres à s’impliquer ont fini par avoir raison de mes optimismes et de mes combats. J’ai tout abandonné, et comme dans les romans tragiques, pris mon enfant contre moi en le serrant très fort, fermé la porte derrière moi, et forcé le destin vers l’inconnu.

J’ai eu plus de vies qu’un chat.

En quelques jours j’ai encore une fois remis toute ma vie à zéro, ou à moins… Moins quelque chose. Au moment de repartir, il m’a fallu faire un choix fondamental : à recommencer toute ma vie, vers quoi devais-je aller ? Le choix d’une empreinte, le choix d’un fil rouge, le choix… Il me fallait partir et ne pas savoir ce qu’il allait advenir, mais au moins il me restait une seule possibilité, choisir ce que je ne voudrais plus. Reconstruire sur mes valeurs.

« Raindrops Keep Falling On My Head »

En quittant ces montagnes et ma vie, je ne pensais pas parcourir un tel chemin.

Bien des tentatives de déstabilisation ont été menées par celles et ceux qui n’ont pas su entendre, et comprendre, combien il m’a fallu d’énergie pour faire de mes échecs, de mes impuissances, de tout ce que j’avais perdu, des moteurs pour repartir à zéro. Je revois encore les pleurs, les colères, les jugements et les incompréhensions face à la seule possibilité qui me restait, aller de l’avant.

À présent que la première partie de cet effort et de ces abandons arrive à son terme, qu’une première étape semble enfin franchie, je sens que ma force s’émousse, comme un nageur épuisé sent sa force s’échapper alors qu’approche enfin la rive ; et bien des fois me faut-il encore redresser la nuque et puiser au fond de moi les ressources pour ne pas faiblir et surtout, surtout, ne pas montrer que ma fragilité, et ma sensibilité, sont plus que jamais, toujours là.

« Tout le monde passe sa vie à chercher frénétiquement une personne devant laquelle pouvoir librement se foutre à poil et sangloter, mais personne ne veut se l’avouer. »

Pour écrire aujourd’hui ces mots, je ne sanglote pas, mais je n’ai pas envie d’avoir mal. Devant un miroir, nous sommes seuls.

« Killing Me Softly With This Song »

En entendant « Moi Plus Vouloir Dormir Seule » de Daphné, je revois ces années, de quête et de tristesse, où l’on m’a décrit comme un « homme pendu dont les yeux sont dévorés par les corbeaux », années où plus ma sensibilité s’exprimait, et plus « les autres » s’éloignaient de moi.

« Comment ça va ? »

« Mal » répondais-je alors. Et combien de fois ai-je vu mes amis, mes proches et mes partenaires baisser les yeux, ne sachant plus que faire et gêné d’avoir entendu la simple vérité. S’ils ne voulaient pas l’entendre pourquoi avaient-ils posé la question ? Aujourd’hui encore, je me refuse à mentir et me contente quand je sais que la réponse sera gênante, de répondre comme si c’était une autre question qui m’avait été posée. Je gère les embarras des autres.

Pour amener l’autre à poser un regard ouvert et sincère sur la personne que l’on est vraiment il faudrait donc le tromper, dans un jeu de faux-semblants auquel finalement personne ne croit ?

Pourtant, c’est une force.

Oui, j’ai besoin de laisser s’exprimer ce qui est en moi, car ce qui est ce qui fonde ma valeur, mes valeurs et le sens que je donne à ma vie, à mes engagements. Il me faudrait à la fois taire ce que je suis, pour accomplir mes tâches, faire bonne figure et convaincre, et être sensible et attentif, pour ne pas me dévoyer et me laisser prendre au jeu de la servilité. Lors d’un échange avec de célèbres cartographes, ils ont répondu que pour pouvoir changer les choses, il fallait parfois taire ce que l’on croit pour atteindre les lieux d’où l’on pourrait agir.

Mais n’est il pas illusoire de tenter de construire une société contre ses propres valeurs ? Si je tais ce qui m’anime, je ne propose donc pas un autre contrat pour fonder une autre façon de vivre, n’est-ce donc pas une forme de renoncement ?

C’est bien là un étrange paradoxe : comment peut-on faire confiance à quelqu’un qui ne doute jamais ? En s’encrant sur des certitudes, des acquis et des habitudes, on passe souvent à côté des choses, on perd parfois le sens des réalités. Pourtant, celui qui va exprimer ses doutes et s’attacher rigoureusement et à force de travail, à tout faire pour s’assurer d’éclaircir les choses, va paraître aux yeux de tous comme celui étant peu fiable car il apparaîtrait en exprimant ses doutes comme ne « maîtrisant » pas la situation.

La maîtrise est une illusion, elle nous tue à petit feu, nous endort comme le sucre endort nos sens en nous détruisant.

En amour comme dans l’intendance du quotidien, dans le travail comme dans la recherche, chaque jour apporte un nouvel éclairage, et des multitudes de possibilités. Être sûr de soi, de sa propre valeur, n’a rien à voir avec l’assurance affichée dans le paraître, le paraître vise à convaincre sur des illusions, au fond il n’est qu’une perversité, une manipulation.

Pour avoir droit même à l’amour, faut-il avoir l’air fort et assuré ?

Alors même que les moments les plus tendres et les plus profonds de l’amour s’échangent sans la retenue et les faux-semblants du paraître, pour peut-être atteindre ces instants, il faudrait faire croire que… Ils sont pourtant nombreux les moments où maintes et maintes fois sont exprimés les désirs d’amour et de partage, le besoin de sensibilité et d’abandon.

Dans un monde sans foi ni loi, les « âmes sensibles » se font écraser par ceux qui au-dessus d’eux, vengent leurs petites amertumes, et sont partagés entre petites victoires amères et soumissions serviles au système qui les écrase ; et peu nombreux sont ceux qui ne choisissent pas le camp de la complicité et osent se tourner vers le respect, la compassion, la générosité. Contrairement à ce que la loi d’airain laisse entendre, faire le choix du respect et de la générosité est le chemin le plus difficile, celui qui demande le plus de travail, le plus de rigueur, le plus d’engagement, le plus de transversalité, le plus d’écoute, le plus de force, le plus de compétence, mais il faut l’avoir fait ce choix, pour le comprendre.

Celles et ceux qui écrasent sont les perdants.

Ils ne connaitront jamais le bonheur simple et la satisfaction de s’être accompli, ils n’auront jamais joui de l’abandon et de la richesse de la caresse donnée et reçue sous la confiance, ils ne sauront jamais ce que c’est que de « dormir du sommeil du juste » et aucune de leurs petites victoires amères ne les réconforteront face au miroir ou au moment où ils seront assailli par l’angoisse du dernier souffle.

Bien des fois aujourd’hui, on me demande de pas montrer, de ne pas dire, de ne pas être sincère, pour « gagner », pour convaincre. Je devrais à nouveau reconstruire une vie professionnelle en taisant ce que je suis, comme si mes sentiments et mes valeurs allaient contre mes compétences et mon engagement. Le monde crève lentement mais sûrement de cette attitude, mais il faudrait continuer…

Dans ce cas, où donc est l’humanité du troisième millénaire ? Celle qui va redonner un avenir à nos humanités ?

Nos vies, dans le travail comme au plus profond de leur intimité, doivent-elles donc être vouées à être faite d’injonctions perpétuellement contradictoires ?

[edit: 09/2015]

Gestation d’une société coopérative…

Lorsque je rédigeais les statuts de la SCIC que nous voulions alors créer en 2007, je le faisais en inscrivant noir sur blanc le fil de ce en quoi je crois, ce qui fait sens dans ma vie. Les nombreux débats que nous avions eus à l’époque m’avaient amené à formuler le préambule, la charte et les statuts du projet en y formulant ce qui me paraît être aujourd’hui le seul modèle économique valable pour toute action de création, de développement, de production et de commercialisation de biens et de services.

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Extraits :

« CHARTE du Projet

(…)

Cette charte prend en compte l’ensemble des besoins et des liens qui tissent un territoire, son patrimoine, ses acteurs de développement et ses résidents. Ces engagements s’inscrivent dans un projet de vie (développement ?) durable et d’aménagement du territoire.

L’ensemble des adhérents/sociétaires se fixe comme objectifs les points suivants : respect de l’environnement, qualité des produits, qualité des services, action collective, soutien à l’agriculture paysanne.

La démarche comporte plusieurs approches :

Approche sociale :

Recréer, développer et soutenir les échanges et les concertations entre le milieu agricole, les autres acteurs de développement et les consommateurs (particuliers, collectivités) dans une démarche de proximité visant à renforcer notamment un tissu rural local. Garantir le respect des droits élémentaires et fondamentaux de la personne, refus de l’exploitation des producteurs, respect des droits sociaux du travail (repos hebdomadaire, hygiène, sécurité et santé) et de la protection des enfants dans le travail…,

Approche économique :

L’objectif est de développer des filières de proximité créatrices d’emploi (en favorisant un partage équitable de la valeur ajoutée et une juste rémunération des opérateurs). Pratiquer une politique commerciale de « prix minimum garanti » permettant une juste rémunération des producteurs et des salariés pour subvenir décemment à leurs besoins et à ceux de leurs familles, et s’inscrivant dans un objectif de rentabilité économique de l’activité de production.

Approche territoriale et environnementale :

De nombreuses initiatives sont apparues localement afin de travailler au développement d’une agriculture durable, respectueuse de l’environnement (respect de l’eau, des sols, des paysages). La coopérative s’engage à soutenir ces démarches et favoriser la création de nouvelles activités complémentaires.

Approche éducative :

Volonté de sensibiliser les élus, les gestionnaires, les producteurs et les consommateurs sur les relations entre les modes de production et de consommation des produits alimentaires et de consommation courante, y compris en restauration collective, dans le milieu scolaire, auprès des enseignants et des parents d’élèves…

Les différents acteurs s’engagent à soutenir, par leurs choix de consommation, un cahier des charges commun visant aux objectifs suivants :

Dans le domaine agricole (production, transformation, distribution) :

• Mode de production exempt de tout produit chimique de synthèse (pesticides, engrais de synthèse),

• Maintien de la fertilité des sols par des méthodes écologiques : rotation des cultures, utilisation d’engrais verts…,

• Diversification des productions sur les domaines.

• Participation au sauvetage du patrimoine génétique et à la défense de la semence fermière.

• Exclusion totale, à tous les niveaux des filières, des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés),

• Respect du bien-être animal

• Maintien d’un lien au sol pour l’alimentation animale,

• Liaison au sol de l’élevage obligatoire, les surfaces doivent permettre un accès au plein air des animaux et assurer tout ou partie de leur alimentation et de l’épandage de leurs déjections.

• Protection de l’environnement des domaines en rétablissant les équilibres écologiques (haies, protection de la faune et de la flore…).

• Promotion de la transformation à la ferme et des formes de commercialisation qui responsabilisent producteurs et consommateurs et induisent une dynamique sociale (exemple : fixation des prix).

Dans le domaine environnemental et des énergies :

• Réduction des déchets et de la consommation énergétiques à toutes les étapes de production, de transformation et de transport.

• Promotion de la revalorisation des déchets, notamment par la cogénération.

• Privilégier la proximité pour les ventes afin d’éviter au maximum les pollutions des transports et favoriser le dialogue entre producteurs, consommateurs, transformateurs et distributeurs.

Dans le domaine social :

• Privilégier les domaines à dimension humaine, source de main-d’œuvre, où chacun peut conserver sa dignité et trouver son épanouissement.

• Refus de tout système commercial qui pratique la politique de l’écrasement des prix.

• Création de liens entre les consommateurs et les producteurs par l’organisation de rencontres, visites, dégustations.

• Promotion des productions et transformations locales et artisanales respectueuses de l’environnement.

• Actions sociales et interventions pour encourager et développer les initiatives publiques ou privées répondant aux mêmes objectifs.

Mode d’action :

L’ensemble de ces approches se réalisera sous la forme d’actions complémentaires :

A — Un « point de vente coopératif » de type coopérative de distribution de produits (biologiques, écologiques ou respectueux de l’environnement), provenant soit du plateau ardéchois, soit des zones géographiques les plus proches si les produits ne sont pas disponibles sur le plateau.

Ce point de vente distribuera de manière plus générale des produits courants (épicerie, produits nettoyants, etc.) issus de filières respectueuses de l’environnement.

(…)

B — Un système de soutien à la transformation coopérative visant à regrouper, soutenir et cofinancer les groupements de producteurs adhérents souhaitant créer des ateliers de transformation.

(…)

C — Un système de soutien à la distribution équitable de type « circuits courts » favorables aux producteurs et aux consommateurs :

« Paniers maraîchers » en livraison régulière directe par les producteurs adhérents de la SCIC (selon des contrats avec les consommateurs adhérents),

« Groupement d’achat » qui pourra proposer des commandes collectives en gros ou demi-gros pour les produits de producteurs paysans ou artisanaux non locaux.

(…)

D — Des « services coopératifs » visant à permettre des échanges solidaires :

Ces services organisés dans le cadre de la coopérative, avec éventuellement le soutien des moyens de la coopérative, consisteront en l’organisation et à la mise en œuvre d’une partie des actions de la société coopératives, ainsi que d’autres services d’échange entre les adhérents de la coopérative.

Ces services pourront être valorisés par l’attribution de parts dans la société, ou permettront de bénéficier d’une réciprocité de la part d’autres coopérateurs. »

Als sie mich holten, gab es keinen mehr, der protestieren konnte.

Quand ils sont venus chercher les intérimaires, je n’ai rien dit, je n’étais pas intérimaire ;
quand ils sont venus chercher les ouvriers, je n’ai rien dit, je n’étais pas ouvrier ;
quand ils sont venus chercher les fonctionnaires, je n’ai rien dit, je n’étais pas fonctionnaire ;
quand ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester…

En ce moment, on revient souvent, et d’une certaine façon, à juste à titre quant aux drames personnels, sur les « suicides à France Télécom », sur la situation des agriculteurs « prêts à tout »

La France découvre-t-elle le « Management » des personnels ? Les Français découvrent-ils la dégringolade sociale à l’œuvre depuis la fin des années soixante-dix dans les pays occidentaux, les Français découvrent-ils la désindustrialisation de leur pays ? « Travailler plus pour gagner plus », « Le pouvoir d’achat » n’étaient-ils pas les deux tartes à la crème de la dernière campagne présidentielle ?

Quand dans l’entreprise le climat social n’en est pas au niveau de celui de France Télécom, c’est sur les sous-traitants que s’exercent les pressions du même acabit, et ce n’est pas une nouveauté. Depuis les années quatre-vingt-dix, la novlangue nous a concocté des discours sur la « flexibilité », sur « l’externalisation », sur « l’outsourcing ».

Tous termes qui consistent simplement à faire produire les biens et les services le moins cher possible, en flux tendu, avec le minimum de contraintes (salariales, sociales, légales, environnementales) pour permettre aux ayants droit (CA, actionnaires et partenaires financiers) de tirer les marges maximales et aux consommateurs d’acheter « moins chers »

Quand les lignes téléphoniques sont posées par des équipes de sous-traitants, venues du Portugal, qui s’en offusque puisque c’est moins cher ?

Les syndicalistes, à la flamboyante époque publique d’EDF, ne se sont jamais souciés des mineurs dans les mines de cuivres et d’uranium, les fonctionnaires de La Poste ne se sont jamais souciés des chauffeurs de camions des sous-traitants qui faisaient la liaison entre les centres de tris, les usagers ne se sont jamais privés de critiquer les « cantonniers payés à rien foutre » sur le bord des routes, les prolos ne se sont jamais souciés de savoir d’où venaient leurs chips et leur lait, et les bourgeois ne se sont jamais souciés de savoir dans quelles conditions étaient produits les cornichons vendus dans leurs épiceries fines…

Les agriculteurs conventionnels et la FNSEA ne se sont jamais souciés du dumping européen sur les marchés africains, les céréaliers français ne se sont jamais souciés des conséquences environnementales et de santé sur les habitants aux alentours de leurs exploitations, les éleveurs français ne se sont jamais souciés des conditions de production des compléments alimentaires OGM sur l’agriculture sud-américaine et sur la forêt amazonienne…

La France entière se tordait de rire quand Coluche, en bon héritier du poujadisme, faisait des blagues sur l’horloge que l’on ne risque pas de voler parce que tous les fonctionnaires ont les yeux rivés dessus…

Même si j’évite au maximum ce genre d’endroit, Il m’arrive parfois de me poser quelques minutes dans un centre commercial, vous savez, sur les bancs installés en face des caisses, dans la galerie commerciale. Et à prendre le temps d’y réfléchir, je ne me fais aucun souci pour la surcharge pondérale de M. Le Métayer, aucun souci pour l’avenir de la famille Sarkozy, aucun souci pour le bronzage de Séguéla, aucun souci pour les intermédiaires financiers.

Une crise ? Quelle crise ?

[edit: 09/2015]

Discours de campagne

Le 20 mars, un ami américain apparemment très ému m’invite à écouter le discours de Barack Obama « A More Perfect Union » tenu je crois, le 18 mars à Philadelphie.

Malgré le petit échange que j’ai eu avec Philippe sur le sujet, ma position n’a pas changé : Barack Obama est le fruit d’un système, et s’il croit ce qu’il dit et souhaite vraiment le mettre en œuvre, son accession à la Maison Blanche provoquerait un séisme politique sans précédent dans l’histoire des états unis. Mais l’omniprésence de dieu, la certitude que seuls les États-Unis sont un vrai pays démocratique où tout est possible (merci pour nous), et la réutilisation du mythe des pères fondateurs me font plus que douter du devenir et des fondamentaux de cette entreprise.

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Mais pour le moment, au-delà du scepticisme qui m’habite, je me sens obligé de saluer et de savourer la qualité de l’orateur et surtout sa capacité à mettre des mots sur les attentes d’un peuple et des communautés qui le composent, à vouloir passer à l’étape suivante de son histoire.

Sur la nécessité de se regarder en face et d’assumer sa propre histoire, et en particulier ses périodes les plus sombres, sur l’ampleur des défis sociaux, économiques et environnementaux, auxquels ils indispensable de s’atteler immédiatement, sur la nécessité de retrouver un véritable fonctionnement démocratique débarrassée des lobbies… Sur tous ces points, l’amplitude et la force des positions de Barack Obama sont sans équivalents et offrent un espoir immense.

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Et pour un français qui écoute atterré les discours de son président, l’amertume est au moindre tournant de chapitre : Les discours messianiques et grotesques, dignes d’un bonimenteur à gourmette/rolex dorée mais indigne d’un président n’en sont que plus pitoyables.

Souvenons nous que notre bouffon en costard qui s’est senti obligé d’aller sermonner la planète à l’ONU, en disant qu’il fallait la sauver, ne s’est pas privé de nous dire que nous étions des feignants, que les enfants de nos colonies étaient malvenus chez nous, que les Africains n’étaient que des paresseux sans Histoire, et que malgré les grands engagements de façade, l’environnement n’est finalement qu’un sujet d’activité d’éveil.

J’aimerais qu’il l’entende, ce discours. Malheureusement, je doute même que ce président ne soit ne serait-ce que capable de l’écouter en version originale : « Sarko l’Américain » n’est pas capable de commander ses hamburgers dans un fast food sans traducteur assermenté… À défaut d’y puiser des convictions, Sarkozy, et ne parlons pas de sa plume infâme, y trouverait au moins une leçon, un modèle de stature et de réalisme qui nous manque tellement.

Nous attendons encore celui ou celle qui s’adressera à nous comme à des citoyens, et qui regardera notre passé en face, nos colonisations et décolonisations, nos relations tumultueuses avec le Maghreb et en particulier l’Algérie, qui se débarrassera des camps et des partisans, et qui lancera les investissements nécessaires pour faire face aux enjeux énergétiques, environnementaux, éducatifs, de recherche, culturels et sociaux…

Vu le paysage politique français, on va attendre longtemps…

L’état de la France ?

Des grands mots, de l’emphase faussement humble dans cette très respectâââble Bibliothèque Médicis.

Réunis autour de l’inénarrable Jean-Pierre Elkabbach, Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France), Olivier Pastré (Économiste, professeur à l’Université Paris VIII), Martin Hirsch (Président d’Emmaüs France), le général Jean-Pierre Kelche (Grand Chancelier de la Légion d’Honneur), et enfin, Jean-Jacques Vorimore (Président de France Export Céréales).

Le thème : Dans quel état sommes-nous ?

Que des hommes pour traiter de ce sujet, mais passons, on aurait sans doute eu Mme Parisot…

C’est évident, je vais trouver dans cette réunion de quoi satisfaire ma curiosité :

Jean-Pierre Elkabbach :

[…] « On va voir comment éclairer le monde et la France d’aujourd’hui. Mais vous avez tous plusieurs points communs, vous ne mâchez pas vos mots, et en tout cas, vous ne déguisez jamais vos solutions. »

Ah il l’aime le livre de Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France), tous les autres invités, à part peut-être le général Jean-Pierre Kelche (Grand Chancelier de la Légion d’Honneur), ne sont là que pour faire bonne figure.

Michel Camdessus :

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« Il faut remettre la France au travail ».

[…] « Un autre thème sur lequel nous avions mis le doigt, c’est celui de l’endettement, alors depuis, on a remis une couche si je puis dire avec le rapport que nous avons écrit avec Michel Pébereau ».

Jean-Pierre Elkabbach, s’adressant à Michel Camdessus :

« Vous dites, c’est la plus inacceptable des injustices, parce que ce sont les jeunes qui vont rembourser les dettes des aînés. »

(Donc c’est de ma faute si je dois rembourser la dette que Michel Camdessus et Jean-Pierre Elkabbach vont nous laisser, et vu leurs appointements, notamment celui de M. Elkabbach par les services publics, je vais devoir bosser un bon moment, mais bon).

Michel Camdessus :

« C’est exactement ça. Et bien cette idée, maintenant, me semble-t-il, elle sera incontournable dans le débat politique. Tout homme politique qui dira il n’y pas de problème de la dette, comme ils l’ont dit très souvent dans le passé sera tout de suite suspect ».

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Jean-Pierre Elkabbach donne la parole à Olivier Pastré, attendant, semble-t-il une sorte de confirmation des principes posés par Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France). Mais là, ce n’est pas tout à fait son propos…

Olivier Pastré :

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« Je crois qu’il faut être anti-décliniste (mine sombre de Jean Pierre Elkabbach), il n’y a aucune fatalité, il y a beaucoup de marges de manœuvre, sous réserve que l’on ne sous-estime pas les contraintes qu’il y a aussi. Vous parliez de remettre la France au travail, une des questions fondamentales c’est : Quel travail ? Comment l’homme est dans l’entreprise et comment il arrive à l’entreprise. Et dans ce domaine-là, en matière éducative, on sait qu’il y a un besoin considérable, qu’on est en retard par rapport aux États-Unis, que le retard s’accroît… Il y a deux politiques possibles, une qui est plutôt tournée vers le service public, mais aussi vers l’efficacité*, et ce n’est pas contradictoire ; l’autre qui est plutôt pour l’autonomie complète des universités, la sélection, qui est plus libérale. Les deux sont compréhensibles, mais le problème c’est que, il faut que les hommes politiques, ou la femme politique, en parlent ! Or, notre inquiétude…

Jean-Pierre Elkabbach interrompant Olivier Pastré et tenant un propos incompréhensible se terminant par :

« quantité de travail par âge actif ? » Il tourne la main vers Michel Camdessus, Gouverneur honoraire de la Banque de France) pour revenir au sujet important qui est que les Français ne travaillent pas assez…

Olivier Pastré visiblement pas décidé à approuver Michel Camdessus :

« La France est le pays développé dans lequel la productivité horaire des salariés est parmi les plus élevées, donc les Français sont très productifs. »

Jean-Pierre Elkabbach redonne la parole à Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France), attendant sans doute qu’il rebondisse et en « remette une couche » (sur le manque de travail des feignants que nous sommes).

Michel Camdessus (visiblement décontenancé et regardant Jean-Pierre Elkabbach, celui-ci semblant faire meilleur accueil à ses idées) bredouillant :

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« Ils sont d’autant plus productifs, qu’ils travaillent moins ! »

Vous noterez comme moi la brillante démonstration du propos… Et il continue, bredouillant de plus belle :

« Et que ce sont les gens vers la tranche, euh, d’âge, où l’en est en effet très productif, que, qui sont au travail ».

Je vous laisse apprécier…

Voulant sans doute sortir Michel Camdessus (Gouverneur honoraire de la Banque de France) de l’embarras dans lequel il s’est mis, Jean-Pierre Elkabbach lui tend une perche :

Jean-Pierre Elkabbach :

« Quand ils veulent des emplois, est-ce qu’ils les ont, et est-ce qu’ils vont les avoir ? »

On change donc de sujet, d’ailleurs la pirouette marche :

Michel Camdessus, retrouvant son assurance et ses effets :

« Alors voilà, il y a plusieurs choses à faire, d’abord, il y a les emplois d’aujourd’hui et préparer les emplois de demain. »

Outre l’évidence de la sentence, y a-t-il là une démonstration ou une suite cohérente dans la démonstration ?

« Si nous avons un regard sur l’avenir, il est bien évident que la réforme de l’université est absolument essentielle, euh, pour le reste, euh, je crois qu’il faut aussi, euh, faire sauter tous les obstacles législatifs, réglementaires, qui font que l’entrepreneur, le petit entrepreneur en particulier, n’ose pas créer l’emploi ou les deux emplois de plus qu’il pourrait créer ».

Il finit sur une note guillerette, sans doute satisfait d’avoir pu conclure sur le cheval de bataille des ultras libéraux en s’appuyant sur un abus que nous sommes trop bêtes pour pouvoir déceler : « si nous avons un regard sur l’avenir… » c’est-à-dire que si l’on n’est pas d’accord avec lui, c’est que forcement, on n’a pas de vision d’avenir

Avant de passer à la suite, en tant que petit entrepreneur justement, je mesure tout le cynisme et le poujadisme crasseux de ces propositions… J’ai déjà longuement expliqué ici pourquoi, notamment dans cette note, où encore celle-ci, mais j’y reviendrais plus tard.

S’il y a bien une France qu’il faudrait remettre au travail, et bien j’ai envie de dire à M. Camdessus : « chiche ! » :

Ce doit être parce qu’il est plus habitué à côtoyer des barons du capital et des rentiers qu’il doit avoir l’impression que la France ne travaille pas ; ou ne veut pas travailler. Il y a tant d’hommes et de femmes dans ce pays qui non seulement veulent travailler, qui voudraient se voir reconnaître la pénibilité de leur travail, qui voudraient ne pas revenir en arrière, que c’est de l’indécence de continuer à tenir de tels propos.

Homme de l’entregent des grands de ce monde, il doit y avoir bien longtemps qu’il n’a pas vu « de près » un travailleur pauvre, une infirmière, un prof de collège (qui fait bien plus de 35 heures), mais également un ouvrier, voire même un petit entrepreneur !

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C’est sûr, travailler, c’est plus dur que de se tenir les bras en s’échangeant des idées toutes faites (par d’autres) avec des airs entendus, dans les fastueux couloirs des grandes institutions françaises et européennes (avec nos impôts donc)…

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Après un petit échange fait des poncifs économiques sur la croissance, les pays émergeant, etc., Jean Pierre Elkabbach passe la parole à Martin Hirsch qui avait bien des raisons d’être impatient, car comme il le dit, il fait partie « des gens qui remettent les gens au travail, en particulier ceux dont personne ne veut et qui souhaitent travailler ; des personnes considérées comme pas rentables, pas productives, pas capables de travailler, pas capables de s’inscrire dans une logique de production d’entreprise. »

Suivent des débats sur les institutions, la possible fusion de GDF avec un opérateur privé, etc.

Puis…

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Jean-Pierre Elkabbach :

« Alors, général Kelche. Le président de la République vient d’inaugurer le nouveau musée de la Légion d’honneur, près du musée d’Orsay au bord de la Seine, vous êtes magnifiquement installé, on passe devant souvent on ne sait pas que vous êtes là, portant haut les couleurs de la république, etc. Vous l’avez restauré, justement, c’était mérité. On sait généralement et confusément que vous formez les jeunes filles de la Légion d’honneur… »

Général Jean-Pierre Kelche :

« Tout à fait. Deux maisons d’éducation, mille élèves. Les meilleurs résultats de Paris et de l’île de France » (il fait un mouvement de la main ressemblant à un geste définitif).

Jean-Pierre Elkabbach :

« Très bien et qu’est-ce qu’elles deviennent après ? »

Général Jean-Pierre Kelche :

« Toutes des études supérieures ! Mais certaines ont des cycles plus courts parce qu’elles ont une vocation. Par exemple j’ai deux petites qui sont venues pour le dix novembre à une cérémonie lire un texte en mémoire des poilus, et je les interviewé et elles m’ont dit : “on veut devenir sage femme”. Elles ont des niveaux extraordinaires. Un petit détail, elles sont littéraires, et je ne sais pas comment elles vont devenir sages femmes. »

Jean-Pierre Elkabbach :

Étonné de l’inefficacité de l’honorable institution : « Mais pourquoi on ne les a pas décelées pendant leurs études ? »

Général Jean-Pierre Kelche :

« Ben simplement, elles ont une aptitude littéraire et non pas maths physiques, il faut passer par la première année de médecine. Je viens d’en parler au ministre. »

Bon, on n’est pas dans le même monde visiblement. J’adore aussi ce ton badin : « j’ai deux petites », façon, « j’ai fait le Congo, le Biaffra »… Ah mes petites Causettes…

Mais bon, posons le parcours de l’homme :

Jean-Pierre Elkabbach :

« Vous qui avez été conseiller, si je me rappelle bien, des deux présidents, Mitterrand et Jacques Chirac, chef d’état-major des armées, vous qui avez fait face à… Des guerres ou des crises ? »

Général Jean-Pierre Kelche : « Des crises, pas de guerres. »

Jean-Pierre Elkabbach : « Combien ? Beaucoup ! »

Général Jean-Pierre Kelche : « Une dizaine… »

Jean-Pierre Elkabbach : « Lesquelles ? »

Général Jean-Pierre Kelche :

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« Si vous voulez, l’Afrique, hélas l’Afrique, avec ses problèmes récurrents hein, mais disons la Côte d’Ivoire, le Congo euh, la RCA euh, y’en pas mal comme ça, la RDC, les Balkans, les Balkans qui sont loin d’être stabilisés avec une grosse crise au Kosovo tout à fait importante, et puis euh, le Liban bien sûr, mais qui à l’époque était un peu en, en montée en puissance, puis, ben l’Asie, l’Afghanistan…

Je passe sur les petites choses… Si je prends la peine de retranscrire tout ça, c’est parce que, vous vous en doutez, moi qui me posais des questions quand je regardais passer les troupes françaises qui débarquaient la nuit dans le port de Douala pour aller au Tchad, j’aimerais bien qu’il en lâche un peu plus que :

« On est très engagé sur les théâtres de crise avec l’armée professionnelle que l’on a constituée et qui marche bien, mais où il y a énormément d’engagements, on demande beaucoup aux soldats français… »

Jean-Pierre Elkabbach :  « Vous qui avez lancé la réforme des armées […] vous avez imaginé lancer une fondation liée à la Chancellerie de la Légion d’honneur, euh, pourquoi faire, vraiment, et avec quels moyens, est-ce que c’est l’état qui vous a donné des sous, est-ce que vous vous adressez ? (la question n’est pas orientée déjà, mais justement, la réponse arrive).

Général Jean-Pierre Kelche :

« Ah non ! Pas de sous ! En fait j’ai posé le principe que la Légion d’honneur, que ceux qui en font partie, qui font aussi partie de la Médaille militaire et du mérite ont assez de conviction citoyenne pour ne pas avoir besoin de subventions de l’État […] si vous voulez, moi ce que je pense, j’écoutais tout à l’heure… »

Là on sent qu’il n’en peu plus de lâcher son mot, notamment à propos de la proposition de Revenu de Solidarité Active de Martin Hirsch, le Président d’Emmaüs France. Il y a bien là, deux France qui se regardent.

Général Jean-Pierre Kelche :

« L’état ne peut pas tout, cette société elle a besoin de la solidarité des citoyens, de l’engagement des citoyens. On ne réglera pas tout avec des règles de SMIC et de machin et de truc. Ce n’est pas possible ! Il faut remettre de l’humain. Et moi j’ai constaté une chose, j’ai lu le rapport Montaigne qui montre qu’il n’y a plus d’ascension sociale en France. En trente ans, le taux des élèves, faisant des études supérieures, issues des classes modestes, a été divisé par cinq. On va dans le mur ! »

Et il lui a fallu lire le rapport Montaigne pour ça. Ça me rappelle quand mon père demandait à sa secrétaire de lui rappeler la date de mon anniversaire… Et il poursuit :

« J’ai 500 000 décorés en France, c’est formidable, y’a une force, et normalement ce sont des gens de mérite, je pense qu’il n’y a pas trop d’erreurs, et à partir de là je leur dis : vous qui avez été reconnus faites quelque chose. Aidez les jeunes. Donc parrainage. On prend des jeunes boursiers méritants, en seconde, on les amène premier temps au Bac, on les accompagne trois ans ».

Jean-Pierre Elkabbach : Parainage ou paternalisme ?

Petits rires balayés par un « on me l’a déjà faite ».

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Général Jean-Pierre Kelche :

« Une exigence, une exigence de comportement, vous voyez ce que je veux dire ? Un jeune n’a pas le droit de déroger aux règles des valeurs qui sont les nôtres, de comportement. En revanche, je cherche pas l’excellence à tout prix […] les boursiers méritants c’est excellent. Pourquoi ? Parce que c’est, les résultats au brevet des collèges, et c’est le comportement scolaire, la fameuse note qui fait d’ailleurs débat parmi les enseignants… Et je ne comprends pas pourquoi il y a un débat ! »

Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Donc on peut barbouser comme des bêtes dans la Françafrique (avec ou sans drapeau tricolore sur le treillis), on peut piller la France avec les comptes offshore, mais attention, pas de zéro de conduite au collège ! Sinon, on est un mauvais citoyen.

Général Jean-Pierre Kelche :

« Vous prenez une famille avec deux enfants. Deux SMICs : pas de bourse ! Qu’est-ce qu’on fait si il y a un potentiel ? Ben on fait rien. On l’arrête. On fait un caissier, une caissière. Et moi je vais arriver, avec mes moyens, que je suis en train de rassembler, je suis en train de faire le tour du CAC40 ! […] et c’est avec cet argent-là que je vais en fait compléter les ressources de la famille pour permettre de tenter l’aventure de l’enseignement supérieur… »

« L’ascenseur social est en panne » dit-il, et le voilà en justicier de la république, distribuant les bonnes âmes et des sous du CAC40 aux jeunes méritants, ceux qui n’auront pas eu de zéro de conduite. La condescendante charité des « grands de ce monde » se penchant sur la « France d’en bas », entre deux petits fours sur les parquets cirés de la république, est bien l’apanage de ceux pour qui « fraternité » ne revient à leur mémoire qu’une fois en haut de l’échelle, entre le champagne.

À l’américaine : des congrégations d’hommes et de femmes fortunés vont financer les études de quelques happy few triés sur le volet. Ça me rappelle la venue de La Jeanne (bateau-école de la Marine nationale) dans le port d’Abidjan, où était organisé un bal pour lequel une sélection de jeunes filles du lycée Français était envoyée pour servir de « cavalières »…

Pour « contribuer à remettre en route l’ascenseur social », il faudrait peut-être se demander ce qu’il signifie !

S’il y a un haut dans la société, il y a donc un bas, et c’est bien là que le bas blesse. Parce qu’au mot fraternité qu’ils avaient déjà oublié, il faut ajouter le mot égalité.

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cours vous rendront blanc ou noir »

Au lieu de se contenter de mettre un petit pansement sur une béance, nos chers « papas » qui s’inquiètent pour nous feraient mieux de dénoncer l’entregent dont ils usent et qui permet de ruiner la France, justement.

Misérable condescendance de ces « hommes » fiers et droits…

La droite aujourd’hui, c’est l’art de ponctuer chaque discours de mot comme « social », « justice » ou « droit », comme si ça pouvait effacer la réalité des actes.

*Je ne sais pas si vous mesurez la lourdeur du contexte réactionnaire, ici de l’emprise idéologique ultralibérale, quand, lorsque l’on parle de service public, l’on se sent immédiatement obligé de préciser que ce n’est pas contradictoire avec efficacité !

Archive :

MPEG2 SD 5 Go, enregistrée sur Public Sénat, le 25 novembre 2006.

Copyright PUBLIC SENAT 2006

Raté

Israël et les Arabes, une paix insaisissable.

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Fierté de politiciens préoccupés par leur stature, jeux d’alliances face aux échéances des urnes ou à l’opinion, intox, bref, une fois encore, pressions extrémistes religieuses, compromissions, etc. Le tout sur le dos des populations, comme d’habitude ; en l’occurrence les Israéliens et les Palestiniens qui paradoxalement, ne demandent qu’à faire la paix.

À voir absolument. Toutefois, ce documentaire ne pose pas la question ultime : à qui profite la situation ?

Morceaux choisis sans cohérence par rapport au documentaire :

– Le « président » Jacques Chirac semble plus s’intéresser à son image de chef d’État qu’à la possibilité qu’un accord de cessez-le-feu soit trouvé entre Israéliens et Palestiniens, négocié difficilement sur le petit bout de territoire américain au cœur de la capitale française sous l’égide de Madeleine Albright. Il n’a pas eu son quota de caméras et de flash, c’est contraire au protocole.

Il appelle donc Madeleine Albright pour lui demander de se rendre à l’Élysée avec Ehud Barrack et Yasser Arafat…

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Madeleine Albright : « And I said, in french, mr president, it’s an important moment, this is not really a good idea for us to come right now, we’re about to come to an agreement on this document. »

Alors que Yasser Arafat s’était engagé à signer l’accord, passé la réunion à l’Élysé, il s’en va précipitamment en se défaussant sur un ministre pour sa signature. Pas d’accord. Les négociations tombent à l’eau…

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– À propos du mur de séparation :

Après avoir vu sur des cartes, concrètement, en quoi le mur de séparation allait spolier les Palestiniens, en annexant de fait tous les territoires sur lesquels le mur est censé protéger des installations d’Israéliens ; Georges Bush voit bien qu’effectivement les Palestiniens ne pourront jamais accepter cela, et doit reconnaître que le mur est un problème.

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Abou Mazen : « Le président Bush à dit : ça coupe la Cisjordanie en deux comme un serpent, il a pris la carte, l’a regardée, et l’a mise de côté, d’un geste agacé disant à Dick Cheney : avec ce mur on aura jamais d’état Palestinien ».

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Georges Bush : “I think the wall is a problem, it is difficult to develop confidence between the palestinians and the israelis with a wall snaking into the west banks.”

Commentaire d’Ariel Sharon avec un petit sourire en coin :

Ariel Sharon : « Là, j’ai cité une phrase du poète américain [Walt] Whitman : les bonnes barrières font les bons voisins ».

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Walt Whitman avait violemment pris parti contre les Mexicains lorsque les Américains, à l‘initiative du président Polk, ont provoqué le Mexique en traversant le Rio Grande en 1846 au lieu de s’en tenir à la frontière formée par la Nueces River (cette dernière frontière était contestée par les Américains).

Aucun politique américain, qui se revendique texan de surcroît (le Texas venait d’être rattaché aux États-Unis en 1845), n’a oublié que la guerre, puis l’invasion qui a suivi, que cette provocation calculée a entraînée, avaient pour but de récupérer les territoires qui forment aujourd’hui le Nouveau-Mexique, l’Utah, l’Arizona, le Nevada et une partie du Colorado, et surtout, la Californie que beaucoup d’Américains belliqueux en mal de débouchés à l’ouest, rêvaient ardemment de conquérir à ceux qu’ils considéraient sans détour comme de misérables fainéants.

C’est peut-être pour Ariel Sharon l’occasion de donner sa position aux Américains : c’est dans son intérêt et en matière de conquête de territoire, il n’a pas de leçon à recevoir des États-Unis.

Aujourd’hui, les Israéliens continuent de vivre avec la peur, et les Palestiniens voient leurs territoires constamment réduits, et le gouvernement qu’ils ont pourtant démocratiquement choisi, être rejeté de la scène internationale. Les fous de dieu (et les idées reçues) des deux côtés de la frontière vont continuer leurs abjectes besognes.

Qui va encore payer ?

Les enfants Israéliens* :

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et les enfants Palestiniens* :

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Ça devrait être un argument suffisant pour faire taire les armes, non ?« Israël et les Arabes – Une paix insaisissable ».

Série de trois documentaires réalisés par Norma Percy, Mark Anderson et Dan Edge

Épisode 1 - Les négociations de la dernière chance. [1999-2000]

Épisode 2 - Arafat assiégé. [2001-2002]

Épisode 3 - Le grand projet de Sharon. [2002-2005]

Qui

Ce site a eu beaucoup de vie : depuis sa création en 2003, il a été hébergé à droite à gauche, auto-hébergé, puis sur worpress.org, et maintenant chez un hébergeur sérieux en dehors des deux zones réglementaires Étatsunienne et Européenne qui permettent de fouiner dans les échanges privés : infomaniak.ch

Pour toute question, écrivez à spagano[at]silva-rerum.net

——

Compte tenu de l’environnement, je suis bien né. Je suis né au début des années 70, à l’hôpital central de Treicheville, à Abidjan. Enfant de blanc, j’ai eu la chance de vivre confortablement dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Gabon, et le Cameroun, où les écarts de niveaux de vie sont particulièrement indécents. J’ai aussi eu la chance de pouvoir me rendre aux États Unis, au Zaïre, me balader un peu en Europe…

Mon père, expatrié, a travaillé en Afrique pour de très grands groupes français et belge (il paraît que ce ne serait pas raisonnable de citer les noms, je dirais donc pour situer : pour des groupes qui produisent la « 33 Export » ou le Coca-Cola au Cameroun ; pour le propriétaire de concessions portuaires, de yacht et de jets privés qui se prêtent à certains présidents — ou encore pour le groupe qui produisait la Skoll au Zaïre).

Au fur et à mesure de l’évolution de la « carrière » de mon père, j’ai eu l’occasion de voir et d’entendre des choses assez banales pour le petit milieu des « cadres dirigeants blancs » et leurs relations africaines, mais en même temps assez troublantes, si on replace les choses dans le contexte de ce que l’on appelle la « françafrique ».

La relative autonomie et la liberté de me déplacer, que mes parents m’ont laissée vers treize/quatorze ans, m’ont aussi amené à vivre des moments très riches en « enseignements », parfois humainement très durs, et de prendre conscience de ce que j’ai envie d’appeler, a posteriori, « l’histoire populaire de l’Afrique » (pour paraphraser Howard Zinn).

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Pas de copains à la maison.

Les relations politiques et d’affaires entre la France et l’Afrique, entre enfants de blancs, on n’en parlait pas, ou peu. Pour ma part, je ne parlais jamais de ça à personne, pas même à mes amis. Instinctivement, les enfants de blancs qui vivaient là au milieu de tout ça, qui voyaient, savaient un peu ou beaucoup, en tout cas, les enfants de ceux qui n’étaient pas des dirigeants appelés à prendre la suite de leurs parents, ne parlaient pas de cela.

Parce que ça ne les regardait pas, parce que cela n’avait pas de contour précis, ou parce qu’en face d’eux, ils ne savaient pas à qui ils pouvaient parler, ou poser des questions. La dernière fois que j’ai évoqué le sujet avec un de mes amis d’enfance, en Côte d’Ivoire, la conversation s’est arrêtée à quelque chose comme « les pieds dans du béton, dans la lagune ». Même s’il ne s’agissait pas de moi, j’ai fini mon cône de Ghanéenne, et me suis dit que le mieux c’était de se contenter de regarder discrètement sans poser de questions.

En tout cas, pour ce qui me concerne, la « recommandation » d’éviter certains sujets, hors du cadre strictement familial, était précise – et reste, du moins partiellement et aujourd’hui de mon propre chef — de mise.

En fait, je ne demandais jamais à mes amis ce que faisaient leurs parents, c’était trop compliqué (et ça me permettait de voir mon père s’énerver, car ça l’obligeait à se renseigner, à mobiliser les réseaux, pour savoir qui je fréquentais).

Sans doute pour éviter d’avoir à parler directement du vif du sujet, mon père plaisantait des bruits que l’on entendait parfois sur la ligne téléphonique, ou me sermonnait au second degré pour que je n’aborde pas certains sujets, même entre nous, notamment au téléphone. Ce n’était pas de la paranoïa, mes parents ayant réussi à me faire croire que c’était banal, normal, en somme, d’être sur écoute. Même quand nous étions en France ?

Du coup, je ne posais pas, ou peu, de questions. Et si je mesure tout ça aujourd’hui, avec certains souvenirs précis et des expériences marquantes, les pistes de ma mémoire sont suffisamment floues pour ne pas me risquer dans des explications détaillées : lorsque je demande à mon père des clés pour m’aider à tirer tous ces fils, je n’ai que très peu de réponses. Peut-être vaut-il mieux pour mes proches que je n’ai pas ces réponses ?

En revanche, quand je lis, quand j’écoute des émissions sur le sujet ou que je regarde des documentaires, des fils se dénouent et mes souvenirs se remettent parfois très brutalement en place… Il faut bien comprendre que ce qui peut être assez extraordinaire en France (corruption active, coups de force, affaires, trafics, disparitions) peut paraître tout à fait banal pour les Français vivant dans des pays comme le Cameroun, ou le Gabon, où les communautés « blanches » sont assez réduites et donc les choses deviennent rapidement des non-événements dont on ne parle pas.

Dans le salon, ou à la table de mes parents (comme chez certains de mes amis), dans les « clubs », mais aussi dans les rues et dans les bars, les boîtes la nuit, dans les hôtels, les aéroports, il m’est arrivé de croiser, et de rencontrer, des gens pas toujours très nets : ex-légionnaires reconvertis en porte-valise pour joaillier de la place Vendôme, ambassadeurs, dirigeants de groupes industriels, de banques, « hommes d’affaires », mercenaires et membres de services spéciaux (israéliens, français ou encore libyens), trafiquants de pierres précieuses (pour la joaillerie, mais surtout l’industrie) et de devises, expatriés banalisés pour opérations d’urgence discrètes…

Mais le quotidien, c’était surtout les « petites mains », les expatriés plus ou moins impliqués, certains défendant leur bifteck au nom des intérêts de la France, de leur entreprise, de leur villa quelque part sur la Côte d’Azur, ou des études de leurs enfants. De ces maillons qui assurent au quotidien « l’intendance » et le fonctionnement de cette françafrique…

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Adolescent, et compte tenu de l’ordre qui devait régner à la maison, j’écoutais discrètement, mais sommairement (même si plus tard j’ai réalisé sans grand succès quelques enregistrements) toutes ces conversations partielles et pour moi disparates.

À l’école, il n’était pas rare aussi d’avoir comme camarade de classe des enfants de dirigeants en fuite, de ministres, de généraux. Bien entendu, les enfants de ceux que j’aurais envie d’appeler les « vrais » dirigeants (familles de présidents, etc.), nous ne les croisions pas, ceux-ci étant plutôt scolarisés dans des écoles privées en Europe ou aux États-Unis.

Nombre de mes anciens camarades, avec lesquels du reste je n’ai quasiment plus aucun contact, ont pour certains pris la même voie que celle de leurs parents, tandis que les autres se sont « dilués » ; mais je m’étonne que même aujourd’hui, une sorte d’omertà règne…

Pourquoi Silva-Rerum ?

D’abord je ne compte pas noter ici que des choses sur l’Afrique. Par contre, la place que ce continent occupe dans ma vie risque de se retrouver dans mes notes…

Ici, ce n’est pas du journalisme, ce n’est pas un « témoignage », et si vous ne vous sentez pas concerné, si ça ne vous plaît pas, dites-vous que ces notes ne vous sont pas destinées, tout simplement, il vous suffit de fermer la fenêtre !

Si je couche quelques notes ici, c’est simplement pour joindre ma toute petite voix à celles de tous ceux qui aujourd’hui se servent d’internet, et des réseaux, pour simplement manifester qu’ils ne veulent plus continuer à reproduire et à cautionner toutes ces horreurs.

Je mets aussi ici des notes parce que j’espère que mes enfants les liront (ça m’oblige), et peut-être certains de mes anciens camarades. Cela leur donnera peut-être envie de faire de même.

De toute façon, aujourd’hui, je n’ai rien à « balancer ». D’abord, je ne sais rien :-/

Vous savez tout et si vous n’avez pas fait attention quand les informations sont passées, une recherche rapide sur un moteur de recherche vous permettra de trouver facilement…

Si vous voulez creuser, les ouvrages, les documents audiovisuels et les témoignages ne manquent pas pour tirer vos propres fils, et il suffit de réfléchir un peu, ne serait-ce que sur l’origine des matières premières industrielles et de l’énergie que nous utilisons quotidiennement pour commencer à comprendre…

I beg to differ.

Je n’étais que le « fils de », le fils de l’un de ces maillons… Et puis, je n’étais pas le seul. Je n’ai pas de légitimité particulière pour parler de tel ou tel sujet. Par contre j’ai une opinion, et face aux inepties et aux mensonges qui nous sont donnés de lire, de voir et d’entendre, je n’ai pas envie de détourner le regard.

Parce que la françafrique n’est qu’un des aspects, ou qu’une des conséquences de la façon dont nous, occidentaux, appréhendons le reste du monde : ressources, affaires, consommation. Si je n’ai pas de légitimité particulière à parler de la françafrique, j’ai mon libre arbitre, ce que j’ai vu et entendu sur place, et les connexions que tout un chacun peut faire en regardant les noms des groupes de presse ici et les entreprises qui opèrent en Afrique, par exemple.

Cette façon d’être attentif ou vigilant ne doit pas d’ailleurs s’appliquer qu’à la françafrique…

Français, j’ai toujours eu honte, mal à ce que l’on disait être mon pays quand j’étais en Afrique…

Ceux de mes concitoyens qui vivaient leur « exil » à l’étranger, « loin de leur patrie », m’ont souvent fait honte. Les « bleu blanc rouge », jusqu’au fond de la culotte, « toubabs », petits blancs, sont, qu’ils le veuillent ou pas, des représentants de la France. Chacun de leur geste, de leurs propos et de leur attitude porte une lourde signification.

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Dans des pays où le blanc a si longtemps incarné (à tort ou à raison) le pouvoir, l’argent, l’espoir ou a contrario, l’ennemi, voire la haine, « notre » attitude et notre respect auraient dû être exemplaires. Chaque zone sombre que nous entretenons laisse en germe des générations d’incompréhension et de conflits.

Hors nous avons été, et nous sommes, dans la majorité, tout sauf exemplaires.

Il y a d’abord l’attitude de « petit blanc », que de nombreux Français ont lorsqu’ils sont en Afrique, sorte de pathétique nouveau riche néocolonial que procure le pouvoir d’embaucher du personnel à la maison (cuisinier, gardien, nounou) de vivre à l’étranger avec un niveau de vie plus élevé, d’une certaine façon, plus facile. Les « expats » sortent rapidement les lunettes de soleil et agissent comme en terrain conquis, adoptant cette attitude faussement décontractée d’éternels vacanciers hautains, gonflés d’ego, qui prend toute son ampleur dans les restos, les bars et les « clubs » (nautique, omnisports, pêche au gros, golf, tennis, etc.) où ils se répendent sur la difficulté de diriger leurs affaires et les gens du cru.

Ceux qui débarquent en Afrique trouvent vite leurs marques, où sont rapidement pris en main par un réseau local qui leur fournira « popote » (sorte de kit ménager qui circule entre les familles d’une société), bonnes adresses et bons conseils, notamment sur la façon d’embaucher et de traiter le personnel.

Mais aussi écœurante que l’attitude de certains puisse être, ce qui est le plus important c’est le fond, c’est le système flou, diffus, qui permet à ces blancs d’être dans cette position de « supériorité ».

Il n’y a, a priori, aucune raison pour s’inquiéter de la présence de français, ou de groupes industriels ou de service français en Afrique… A priori… Pourtant, il y a quand même souvent un très gros malaise.

Il ne fait aucun doute que la « mère patrie », la France, doit énormément de sa richesse et de son essor pré industriel et industriel à l’exploitation sans vergogne des ressources et des peuples africains. Cela s’est fait par des groupes de commerces, puis industriels et de services français libres d’organiser des réseaux parallèles où tout est permis.

Sur les dernières décennies, de Foccart à la Chiraquie, et de Pasqua à Miterrand, aujourd’hui de Sarkozy à Hollande, de nombreux réseaux de connivences politiques et d’affaires se disputent un marasme africain entretenu par la politique française, dont les dirigeants et leurs vassaux récupèrent une partie du gâteau. Ceux-là ne voient pas que ce marasme non seulement leur échappe progressivement, mais nourri une répulsion croissante envers les Français de la part des futures classes dirigeantes qui n’ont plus de complexes par rapport à la «France à papa», ayant fait leurs études dans le monde entier…

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Peut-être ne faut-il pas voir seulement dans la françafrique une entreprise véritablement organisée d’exploitation et de manipulation systématique, qui serait planifiée par des hommes politiques et des hommes d’affaires français corrompus, mais aussi une espèce de « Far-West », ou de terrain de jeux, où les affairistes de tous poils et les politiciens avaient le champ libre, avec la bénédiction de « papa », et tant que cela ne se voyait pas trop en France.

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Ce n’est qu’en venant vivre en France à l’âge de 17 ans, avec le choc que cela a produit, que j’ai réellement commencé à reconstruire et à prendre toute la mesure de ce que j’ai vu et entendu. Les chocs de mon enfance et de mon adolescence ont commencé à raisonner lourdement alors que je découvrais la société cynique et amnésique, consumériste et malhonnête, ignorante de son histoire, des origines des ressources qui ont fait sa richesse, et dont j’avais été le lointain enfant africain.

Liberté, égalité, fraternité

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Compte tenu du discours nostalgique pour la « mère patrie » que l’on m’a servi toute mon enfance, je m’attendais à trouver un pays ou la liberté, le dialogue, l’intelligence et le respect, avaient une place de choix

Le spectacle social, médiatique et politique a été édifiant : consumérisme effréné, basé sur l’exploitation d’autres peuples « loin des yeux », dont les minorités représentées sur le territoire sont stigmatisées et instrumentalisées, médisance, mensonges éhontés et omissions dans les médias, collusions et corruption, trafics, travail « au noir » et avec de véritables économies parallèles, médias racoleurs déversant un discours mensonger et partial visant à diviser et à faire régner une atmosphère malsaine et haineuse.

Tout ce que j’avais vu, lu et entendu que l’on me présentait avant comme pourrissant l’Afrique en somme, et dont ces « pauvres Français perdus à l’étranger » se gaussaient et ricanaient, se retrouvait là, dans cette société incapable si ce n’est de changer son comportement, au moins d’en assumer les choix et donc les conséquences. Une partie de cette France faisant semblant de ne pas savoir, et se permet même de faire la leçon à tous ceux qui ont le culot de la mettre face de ses contradictions, avec son oligarchie et ses castes prêtes à s’asseoir plus vite sur leurs principes, dès lors qu’il s’agit de « faire des affaires ».

Même si je me faisais peu d’illusions, j’espérais que pour avoir une relative autonomie et s’en sortir, il était aussi possible d’être simplement honnête et bosseur. C’est du moins le discours que tenaient les « anciens », ceux qui parlaient de morale, de travail, alors qu’une majorité d’entre eux ne cherchaient que la rente et la paresse de parasites jouisseurs. Non, dans ce pays des « droits de l’homme et du citoyen », il faut dans la plupart des cas être malin et ambitieux, et ne pas hésiter à jouer des influences pour écraser plutôt que construire. Amer constat.

En France, « on n’a pas de pétrole, mais on a des idées »

Ça paraît ahurissant et pour tout dire, ça m’a toujours mis hors de moi, de constater que des gens consomment quotidiennement des produits (voire basent tout leur modèle économique sur des ressources dont ils ne disposent pas) sans jamais se poser des questions (et donc encore moins chercher les réponses) comme la provenance et le parcours de tous ces produits. Je suis toujours passé pour un emmerdeur en demandant aux gens que je rencontre s’ils se posent ces questions, en faisant le lien entre leurs discours « tous pourris », « y’a plus de… » et leur propre attitude et choix de consommation.

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« Ta gueule », « il nous gonfle celui-là », « pour qui il se prend ?! »

Ça me consterne, voire me met fébrilement en colère, quand on nous ressert l’hypocrite tarte à la crème que cette France « d’en haut », celles des médias et des pouvoirs, met en avant pour détourner les regards, que l’on appelle la « dette de l’Afrique » :

Traite des esclaves, comptoirs coloniaux, répressions avant les « indépendances », essais nucléaires (et pas seulement nucléaires), soldats engagés dans les guerres, main-d’oeuvre industrielle ou ramasseurs de poubelles, or, argent, zinc, cobalt, cuivre, aluminium, uranium, diamants, bois exotiques, pétrole, gaz naturel ; et aujourd’hui privatisation des services de l’état au travers des P.A.S (Programmes d’Ajustement Structurels). Hier comme aujourd’hui des grands groupes français sont encore très présents en Afrique (et ce ne sont pas forcément les plus visibles qui ont le plus d’influence).

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Il faut vraiment avoir les doigts dans les yeux jusqu’aux coudes pour croire que l’Afrique « doit » encore quelque chose à la France… Ou être particulièrement cynique et hypocrite. Il me semble que la deuxième option est la bonne. Hypocrisie et duplicité sont les fils qui tissent l’histoire de notre belle France.

Chez nous, les politiques mettent l’accent sur la vision selon laquelle des hordes d’envahisseurs, tantôt miséreux, tantôt belliqueux, déferleraient « chez nous »… Comment se fait-il que des hommes et des femmes affrontent tant de souffrance, meurent gelés, noyés ou sous les balles, pendus à des barbelés, aux portes de l’Europe ?

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[ Nous avons chez nous des médias et des hommes politiques qui exploitent l’incrédulité en niant, minimisant ou omettant des faits essentiels, en dénigrant leurs actions et leurs responsabilité. Et nous sommes tous responsables de ce qui est fait au nom de notre pays. Chaque Français représente une partie de la France, si ce n’est à ses propres yeux, du moins aux yeux de ceux qui les regardent arriver chez eux.]

On ne peut pas évacuer cette question et tout ce qu’elle sous-tend.

Nous le devons aux habitants des pays dans lesquels tant de Français ont vécu, quelle que soit l’expérience qu’ils en aient eue sur place. Certaines personnes ont vécu des expériences atroces, d’autres ont assisté à des situations que personne ne doit oublier.

De quelque côté que ce soient trouvées les victimes, leurs paroles doivent s’exprimer, librement. Nos concitoyens de métropole ont une vision totalement biaisée de l’Afrique et de ce qu’il s’y est passé, de ce qu’il s’y passe encore. Les événements, les explosions qui se produisent de temps en temps ne sont que les conséquences d’un système entretenu : désinformation, réseaux, connivences, affaires, manipulations…

Tous les Français qui vivent en Afrique savent parfaitement que ça peut arriver n’importe quand, que ça leur « pend au nez », qu’ils sont comme en sursis et que le raz le bol des populations locales peut exploser à n’importe quel moment. Quand ça arrive, nos médias se gardent bien d’aller au-delà de l’émotionnel et du sensationnel sur les victimes blanches. Comment le pourraient-ils puisque ces médias sont dirigés par ceux-là mêmes qui justement font des affaires dans ce marasme.

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Comme cela s’est produit dans les années 90 en Côte d’Ivoire, il est d’une certaine façon étonnant de constater qu’il y a finalement une certaine « retenue » de la part de ces émeutiers : après tout, ils pourraient considérer les petits blancs comme les responsables directs et décider de se débarrasser — systématiquement — d’eux, pour l’exemple.

Or, ce n’est pas ça qui se produit. Il y a incontestablement des exactions réelles et graves que je ne veux en rien minimiser, avec tabassages, terreur, viols meurtres ou tentatives de meurtres, mais avec finalement peu de morts compte tenu de l’ampleur du phénomène et de la rancoeur que tout un peuple pourrait légitimement ressentir à l’égard des Français !

Ce qui tend à prouver que ces gens en colère sont — globalement — justement, beaucoup plus justes que les médias français qui parlent d’eux : ils savent que ces blancs ne sont pour la plupart que des maillons dans la chaîne de leur misère, et que les vrais responsables sont plus haut et ailleurs, bien à l’abri…

Ils s’en prennent à eux parce qu’ils sont représentatifs, mais lors des émeutes en R.C.I., il y a eu plus de morts dans les quartiers de Treicheville ou de Yopougon que dans les beaux quartiers de Cocody. Et ce n’est pas seulement dû à l’intervention de l’armée française. Les Français qui ont dû quitter la Côte d’Ivoire précipitamment, parfois en laissant tout ce qu’ils avaient derrière eux, sont insignifiants aux yeux des groupes qui ont des intérêts économiques en R.C.I., notamment dans l’ouest du pays.

Les Français qui subissent les exactions des Africains en colère sont, comme ceux qui les attaquent, finalement eux aussi des victimes de la françafrique, et très ironiquement, lorsque ces « évacués » arrivent en France, on s’empresse vite de les oublier, comme si l’on ne voulait pas, dans la mère patrie, s’attarder sur le sujet, comme si d’une certaine façon, on avait honte d’eux, où que l’on ne voulait pas remuer la merde.

Ces victimes-là devraient aujourd’hui elles aussi demander des comptes à leurs employeurs, à leurs élus, aux responsables de leur pays, c’est-à-dire à leurs élus français. Elles devraient s’intéresser à la françafrique, dénoncer ce système et se tourner vers les nantis qui naviguent dans les affaires et dans les hautes sphères de notre pays…

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Croyez-vous que la belle Claire se préoccupe, quand elle présente le journal sur les « événements » en Côte d’Ivoire, des Français qui ont été attaqués aussi parce que les Ivoiriens en ont assez de son patron qui fait des « affaires » en Côte d’Ivoire ? Va-t-elle donner aussi la parole à ceux qui expliquent le ras-le-bol des Ivoiriens ?

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Tant que l’on refusera de se pencher sur nos histoires communes, sur leurs mécanismes, leurs dynamiques et leurs conséquences, nous ne pourrons pas résoudre nos « problèmes ». Où que l’on se trouve dans nos convictions politiques, nous n’arriverons pas à mettre fin à cette inhumanité sans faire d’abord l’effort de mémoire, sans faire le « ménage » chez nous.

Ce n’est pas, comme se plaisent à ricaner des gens médiocres et mesquins, qu’un voeu pieux de « droitdel’hommiste » ; c’est indispensable si nous ne voulons pas que des centaines de millions de gens s’effondrent ou explosent à nos portes. Ceux qui manipulent les esprits en prônant le blindage de nos frontières ont toujours vécu au-dessus et feront toujours partie de la minorité qui tire son épingle du jeu.

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Mon Affrance

« Je ne suis pas raciste, mais j’aime pas les arabes »

Cette phrase est significative du cynisme dont nous sommes capables. Combien de fois ai-je entendu cette phrase dans la bouche de mes compatriotes, comme si ce n’était là qu’une légère contradiction

Aujourd’hui , il m’est très difficile de répondre à mes amis et aux gens que je rencontre lorsqu’ils parlent (à moi ou à d’autres) de « l’Afrique ».

D’abord parce que l’Afrique est un continent, et les Français ont un peu tendance à tout amalgamer, comme s’il y avait grossièrement des « arabes », des noirs qu’on « a du mal à reconnaître », des blancs au Sud, et puis les « extrémistes ou les émirs musulmans »…

Avant de pouvoir répondre, il faut donc forcément revenir à des éléments de base que tout le monde aurait dus apprendre à l’école.

Beaucoup de Français veulent encore croire aujourd’hui que lors de sa colonisation, l’Afrique subsaharienne n’était qu’un vaste territoire vierge où végétaient quelques grappes éparses de villageois survivant de manière archaïque entre les épidémies et la famine. À leur décharge, c’est vrais aussi que les livres d’histoire de la France passent sous silence toutes les sociétés, les empires africains antérieurs ou parallèles à la colonisation blanche alors même qu’ils ont tout lieu d’y figurer, au même titre que les empires de Grèce, de Carthage ou de Mésopotamie…

Mes proches me demandent souvent si « l’Afrique » ne me manque pas, si je n’ai pas envie d’y retourner…

Bien sûr, mais retourner où et pour y faire quoi ?

Comme si c’était légitimement une évidence en soi de pouvoir retourner vivre en Afrique quand on est un blanc qui y a vécu ou qui y est né…

Tant que l’on expulsera de France des Africains comme des chiens tout en les empêchant de prendre en main leurs propres pays, je ne vois pas ce que moi je pourrais bien légitimement y faire.

Pourquoi tant de hargne ?

J’ai véritablement perdu mon innocence vers l’âge de dix ans.

C’est vers cet âge-là que la posture des « adultes », qui pour la plupart des enfants sont normalement des références, s’est totalement effondrée. J’ai perdu la confiance de l’enfance. Je n’ai pas été « abusé », ou subi de violences physiques, mais l’incohérence morale, en particulier par les situations absurdes et inhumaines de la françafrique, et son cortège de pressions sociales, ont fait exploser la « figure des pères ».

Les adultes qui m’entouraient, vivant dans le mensonge et les faux-semblants, ont définitivement perdu toute forme de « respectabilité » a priori, au profit d’une véritable analyse, à fleur de peau c’est-à-dire avec une sensibilité affective et morale exacerbée, de leurs paroles au regard de leurs actes. Et leur chute fut vertigineuse.

Quelle confiance et quelles valeurs croyaient-ils donc faire passer quand les évidences et les conséquences de discours pervers s’amoncellent autour de soi ?

Je n’ai plus accepté les bassesses mesquines, les renoncements et les ignorances volontaires qui, des actes individuels, dans la cellule familiale, auprès des amis, jusqu’aux choix « politiques », impliquent qu’il y ait des « perdants » pour qu’il y ait des « gagnants ». Je n’ai plus accepté les « c’est comme ça », les « il ne faut pas rêver » et « on ne va pas refaire le monde » qui sont autant de renoncements faciles venant de la part de ceux qui profitent et de ceux qui les servent.

La France « à papa »

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Depuis, je conchie les esprits petits et mesquins, les « bien pensants » aux « idées saines » qui voient en leurs « victoires » leur force morale et la supériorité de leurs raisonnements dans un monde où ces victoires se font au mépris même des règles morales qu’ils se plaisent à afficher et à dispenser sur un ton paternaliste, justifié avec des discours fallacieux, sur le lit de la misère et de la mort des multitudes, sur la destruction de l’environnement, toutes dévastations qui pourtant emporteront tout, même leur propre descendance.

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Kapos serviles, ils frappent toujours plus fort pour éviter d’être frappés eux-mêmes, espérant monter toujours plus haut et parader dans l’illusion du pouvoir. Ils ne font en fait que chercher à fuir, par une accumulation effrénée de petites jouissances amères et de spasmes qu’ils se forcent à croire être des orgasmes, ce qui est pourtant inéluctable pour chaque être vivant : la mort et la décomposition.

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Au moment où celle-ci viendra, leur supériorité et leurs belles victoires ne leurs seront d’aucun secours, aucun des biens qu’ils auront acquis ne les soulagera et ils n’emporteront rien que leurs peurs, leurs souffrances et leurs angoisses, comme tous les enfants qu’ils auront accepté de voir mourir sous leurs yeux pour que « triomphe » le temps d’un futile instant, leurs misérables logorrhées de justification…

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